En 2004, Michel Gondry a définitivement mis fin à la relation déjà très superficielle que je pouvais entretenir avec la comédie romantique. Eternal Sunshine of the spotless mind m'a tout simplement montré que ce genre cinématographique pouvait se passer des ingrédients publicitaires à destination du public féminin et offrir à un tel film un fond et une forme inédite. C'était pour moi une sorte de rappel à l'ordre : le cinéma qui traite des sujets simples ne doit pas nécessairement être du cinéma facile. Je ne pense pas avoir réellement apprécié une comédie romantique depuis.

Critique de rattrapage (j'ai vu ce film en 2005 pour la première fois).

D'abord, il y a cet antagonisme avec les clichés qu'on nous sert depuis des années au cinéma : pas de grande ville, pas de robe de marque, pas de fille qui fait du shopping, pas de cheval blanc, (... - Je ne parle pas que de Sex And The City). Eternal Sunshine of the spotless mind montre ce qui ressemble le plus à ce que je connais du couple : deux personnes très différentes liés par des sentiments forts et qui cherchent à construire une histoire ensemble. Joel et Clementine (le couple) s'empoisonnent l’existence avec leurs jugements de valeur à dix balles, leur caractère de chien (une vite-fait-instable et un handicapé des sentiments, mélange détonnant !). Le propos est suffisamment juste pour qu'on y adhère avec une pensée en voix-off et cinq secondes de mise en scène. Le processus est répété régulièrement, et l'exemple que je préfère est celui où les deux dinent dans un restaurant asiatique : il pense qu'elle va devenir désagréable dès qu'elle aura fini sa bière, et elle ne manque pas de lui rappeler que les poils dans la douche, c'est pas glamour. Mon Dieu que c'est vide, mais mon Dieu que c'est aussi un peu ça, un repas de couple. Définitivement amoureux, mais définitivement loin de l'utopie du couple en harmonie (et utopie est un mot qui colle vraiment bien).

Ensuite, Eternal Sunshine of the spotless mind est un vrai film de cinéma : Charlie Kaufman (scénariste de Being John Malkovich) produit une mise en abyme/abîme complexe, casse le temps du récit et construit l'histoire sans jamais coller à un rythme donné. C'est plutôt osé, parce qu'il faut bien reconnaitre que la première fois, on y comprend pas grand-chose à moins d'être attentif aux détails (astuces ?) qui lient les différents moments du récit, et que les moins sentimentaux d'entre nous se lasseront probablement un peu vite de cet empilement de tracas quotidiens. Finalement, la richesse du film repose peut-être un peu sur certaines ficelles qui sont nécessaires pour ne pas rendre l'ensemble trop chaotique.

Enfin, le travail de Gondry, que je ne connaissais pas avant, est tout simplement génial. On a vu ce qu'il pouvait faire ensuite avec La science des Rêves et Be Kind Rewind (qui manquent malheureusement cruellement de rythme selon moi) : c'est un univers d'effets spéciaux à base de ficelles et bouts de carton, j'adore. Eternal Sunshine est un film qui a ce côté artisanal, qui rappelle l'époque où le cinéma était proche de la prestidigitation (soyons fou, faisons un rapprochement avec Le Voyage dans la Lune de Méliès puisque c'est une référence qu'on pourra à peu près tous identifier). C'est un trésor d'inventivité : Gondry a une palette d'effets visuels ultra variés et ne manque pratiquement jamais de les choisir avec suffisamment de précision pour qu'ils prennent un sens et s'attachent à l'histoire.

En conclusion, le film doit pouvoir s'acheter pour moins de 10€, et même les plus gros détracteurs de Jim Carrey (ou de la comédie romantique) devraient au moins faire l'effort de voir celui-ci. D'ailleurs, le seul autre film où j'ai trouvé Jim Carrey aussi bon, c'est The Truman Show, et on peut assez facilement faire un parallèle entre les deux films.