Il y a encore quelques semaines, je n'avais pas entendu parlé de Drive. N'étant pas un adepte de la masturbation intellectuelle des festivals de cinéma comme celui de la croisette, j'avais évité d'entendre parler du "prix de la mise en scène à Cannes". C'est un peu par hasard que je suis tombé sur un article de blog qui parlait du film.

Il y a encore quelques semaines, si on m'avait dit que j'associerai crissement de pneu et poésie dans un billet au sujet d'un film, j'aurais certainement eu beaucoup de mal à y croire. Et on y est presque, c'est pour l'un des paragraphes qui va suivre.

D'abord, il y a cette mise en situation toute simple : Los Angeles, un jeune conducteur doué, à l'instinct bien rodé, et malin. Il parle peu, il veut être efficace. Jusque là, c'est joli, c'est simple, et le rose/mauve des titres tranche net avec les deux couleurs ultra-dominantes du film (et du cinéma ces dernières années).

Il y a cette mise en scène qui prend son temps, qui pose les choses, et qui se balade au son de la musique du film, qui te berce bien tranquillement. Et puis l'histoire se met en place, les personnages, la jeune, jolie et toute frêle voisine qui a un petit souci avec sa voiture. Drive parle un peu de voitures, un pas mal des mafieux du coin, mais surtout d'un gentil gars qui tombe amoureux. Enfin, je dis "parle", mais on entend pas beaucoup le son de leurs voix, au chauffeur et à la voisine Irene.

Et très rapidement, on comprend que l'essentiel de la force du film, c'est bel et bien la fameuse "mise en scène" : en jouant avec quelques regards, quelques gestes et quelques expressions sur le visage des comédiens, l'essentiel de la situation passe, et le moindre mot prononcé devient inutile. Ensuite, on va jouer sur le rythme pour être certain que tout passe. C'en est tellement reposant que ça en est souvent troublant.

Et puis il y a ce chauffeur, qui par la force des choses, et parce que c'est un mec vraiment bien dans le fond (et certainement aussi parce qu'il a été, d'une manière ou d'une autre, influencé par Taxi Driver, comme le réalisateur, si vous voulez mon avis) va se transformer en quasi-héros. Ou plutôt en être humain, en vrai (c'est le refrain en boucle du thème principal du film). Son arme, c'est essentiellement sa voiture, naturellement. Et quand l'artiste pilote, c'est pratiquement magique, mais surtout, c'est incroyablement loin de toute esbroufe : le spectacle n'est jamais là gratuitement, et c'est un vrai luxe dans un film qui veut montrer de la taule qui se froisse.

Bon, je n'ai pas dit que les crissements de pneu étaient poétiques, mais franchement, parfois, quand il tourne son volant, j'ai vraiment trouvé ça beau. En vrai. Attention, ce n'est pas parce que c'est bucolique que c'est chiant. Sans même avoir besoin d'afficher une arme à l'écran, sans même avoir besoin de filmer un braquage, et par au moins deux fois, simplement en filmant l'attente, le film fout une pression monstrueuse. Et de toute façon, le bain de sang arrive toujours tard, et il est tellement violent qu'on arrive pas à se calmer entre deux sueurs froides.

Un film qui m'a séduit !