J'ai vu trois films de Klapisch : L'auberge espagnole, Les poupées russes et là, Ma part du gâteau. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai quelques années de plus entre chaque film, mais j'ai l'impression que le suivant est toujours moins original, moins bien construit, et qu'on voit les ficelles du scénario traverser l'écran bien trop régulièrement.

Donc la recette est assez simple : prenez un sujet assez simple (vie étudiante, mariage, choc des cultures), tartinez de bons gros clichés, rajoutez quelques pincées de situations bien-vues, et montez le tout avec une mise en scène pas nécessairement très fine, mais dont la construction est impeccable, et vraiment très bien filmée.

Donc, on plante le décor avec un trader complétement à côté de la plaque, macho, sans scrupules à ma droite. Et à ma gauche, une maman divorcée du Nord Pas-de-Calais, qui a un cœur gros comme ça malgré la détresse : l'usine a fermé, chômage, Dunkerque. Au moins, c'est cliché, mais ça sonne juste, on ne peut vraiment pas enlever ça à Klapisch. Jusque là, la recette me va.

Le jeu des acteurs est très bon que ce soit pour le duo au premier plan ou les personnages secondaires. Klapisch sait filmer, c'est pas une nouveauté, et visuellement l'ensemble est top. Vraiment, ça se regarde très bien.

Mais, là où ça coince, c'est vraiment sur le fond. On accumule les situations pas toujours très intéressantes, qui sur le fond manquent d'intérêt et sur la forme souvent de rythme. La maman est une femme entière, naturelle, simple, alors qu'il faut vraiment dérouler le personnage du trader, sinon il est creux, et ne fait rien d'autre que jouer au poker devant des courbes et des chiffres (son trader quoi). Dix minutes pour faire le tour de maman, alors qu'on a besoin de bien présenter monsieur, et son univers, qui est vraiment en dehors du nôtre. Certes, je connais mieux le concept de la vie d'une famille dans le Nord que le monde de la haute finance (et pour cause, j'ai grandi dans le Pas-de-Calais). Mais j'ai quand même l'impression que dans le camp de droite, on montre un personnage aussi superficiel que le trader veut l'être, et donc, qu'on déroule un personnage qui n'est pas complet, vraiment trop schématique et évident.

Un petit exemple pour illustrer : son collègue parle des containers, expliquent qu'ils ont révolutionné le monde, sont à l'origine de la mondialisation et des délocalisations. On te montre ça comme si c'était du discours d'expert, mais on tous eu ce discours sur les containers dans nos livres de géographie au Lycée. En fait, Klapisch bluffe, et ne connait pas mieux ce monde que moi, c'est ça, hein ?

Et ça devient vraiment lourd, quand on comprend que tout ça, ça sert à montrer que les trois filles de maman sont tristes parce que certes, maintenant Maman gagne de l'argent, mais maman n'est plus jamais là, et risque de louper le spectacle de danse de sa fille (grand rendez-vous du tout Dunkerque, d'ailleurs...). Et surtout, parce qu'il faut donner une bonne leçon à cet enfoiré de trader qui, en cliquant sur son clavier magique sur "démonte l'usine pour faire un peu de profit" (oui oui, c'est si facile, mais ça tu le vois dans la bande annonce) a foutu à genoux ces pauvres prolos qui vont franchement lui casser la gueule.

Et tout ça pour ne pas conclure, parce qu'en fait, on s’embrouille, et on ne sait plus où l'histoire veut aller.