Bryan Singer avait lâché les X-Men après le deuxième volet. Ce fût terrible pour la franchise puisque les deux épisodes suivants (The Last Stand et Origins: Wolverine) étaient pratiquement catastrophiques. Après un détour par Superman, Singer revient à la production, et confie la réalisation à Matthew Vaughn, qui m'avait foutu une grosse claque avec Kick-Ass. J'étais à deux pas de dire que X-Men, au cinéma, c'était fini pour moi, mais Marvel semble avoir mis le paquet pour me faire changer d'avis. Il faut dire aussi que Bryan Singer a réalisé l'inoubliable Usual Suspects et a longtemps participé à House (la série), de quoi donner envie, en fait.

Ce nouveau X-Men est en fait un reboot donc. Technique utilisée chez Marvel depuis toujours pour dire "on prend les mêmes, et on recommence, parce qu'on va pas changer une équipe qui gagne, et qu'on peut plus continuer avec cette série, on est allé au bout". Côté comics, j'ai cru comprendre que le reboot était une tradition. Dernier exemple en date, Spiderman est devenu un latino-américain (mais pas au cinéma, à en croire le casting).

Bref, ici, on découvre la rencontre entre Xavier et Magneto, les deux "meilleurs ennemis", on assiste, grosso-modo, à la création de l'école du Professeur Xavier et aussi on découvre Raven/Mystique, personnage clé, on le sent bien.

Le problème, quand on bouscule la chronologie des sorties cinéma par rapport à l'histoire, c'est qu'on risque de voir une désynchronisation violente entre les avancées techniques (et l'augmentation du budget) avec le ton qu'on s'attend à voir dans le film. Un peu comme la trilogie préquel Starwars, ou le visuel (décors, effets, vaisseaux) fait futuriste par rapport aux originaux, alors que ça se passe une génération avant. Moi, ça m'a vraiment perturbé.

Pour ne pas risquer de produire une désynchronisation trop violente, le film est en fait présenté comme un bon vieux film d'action old-school. L'essentiel de l'histoire se déroule pendant la guerre froide, alors va essentiellement utiliser les codes des films qui ont le plus joué avec la guerre froide. Par exemple, tous les "vieux" James Bond. Et ça ne loupe pas : le rendu est souvent kitsch (dans le bon sens), tout le temps décalé (pas toujours dans le bon sens). On ne cherche pas la crédibilité (du tout), mais plutôt à faire gagner au film un ton léger qu'on a perdu il y a bien longtemps dans le film d'action.

Le film nous offre donc un méchant pur-jus, avec costumes de dandy aux couleurs violentes, sous-marin nucléaire personnel et équipe de choc, incluant la blonde au décolleté monstrueux femme-fatale, et l'homme de main qui tue au couteau. L'équipe des gentils s'en sort bien aussi puisqu'on a un super savant qui fabrique des machines de folie, des jets conçus par la CIA mais qui ne sont à la disposition que de cette petite équipe. Je pense que vous voyez le tableau. En plus, les personnages sont pratiquement attachants, y compris ce Charles Xavier, même si son côté méga cerveau à tendance à irriter. Les divers clins d’œil contribuent aussi à donner au film un ton fort sympathique.

Par contre, côté casting (des mutants, pas des acteurs), c'est un peu moins ça. On suppose découvrir le début des X-Men, les êtres mutants ne sont pas encore bien connus. Pourtant, ils ont pratiquement tous des pouvoirs au moins aussi impressionnants que ceux qu'on avait l'habitude de voir, mais en "encore plus". Je ne suis pas un grand connaisseur, mais la présence d'Azazel, qui a le pouvoir de se téléporter (comme Diablo) me parait anachronique. On découvre Diablo dans X-Men 2, qui se passe au moins trente ans plus tard. Pareil pour monsieur qui fait du Hula Hoop avec des cerceaux d'énergie : Cyclope arrive bien plus tard, alors montrer que Xavier galère autant avec le nouveau que l'autre -alors qu'il a trente ans de carrière en plus- qui avait un pouvoir beaucoup plus puissant, je trouve ça un peu triste. Je pense donc qu'un peu plus de sobriété dans le choix des mutants et de leurs pouvoirs aurait pu donner au film un enjeu supplémentaire : celui de ne pas toujours vouloir tout résoudre avec des super-pouvoirs.

Sans transition, parlons maintenant du deuxième axe qu'on doit retrouver dans une histoire de X-Men : la quête d'identité. C'est 50% du film, et c'est normal. On sent bien que la thématique est travaillée comme il se doit. Par exemple, j'ai trouvé Mystique/Raven très attachante. Et toute cette jolie construction se retrouve entourée d'allusions au racisme entre les peuples parfois amusantes et parfois navrantes (parlons de l'esclavage, montrons le seul noir du film en gros plan à ce moment), mais jamais suffisamment fortes pour qu'on en ressente les enjeux (on évite quand même le point Godwin, ouf!).

Je pense qu'il était en fait assez difficile de tenir correctement les deux tonalités du films : le passage entre légèreté et gravité se fait parfois un peu douloureusement, résultat, je suis souvent passé à côté des enjeux du film, et l'ensemble n'a pas réussi à me marquer. Le divertissement est là, c'est le principal.