C'est le thriller du moment. Enfin, pour l'Europe, puisqu'il est sorti il y a déjà un bon moment aux USA (le 18 mars d'après Imdb). Pitch rapide : un écrivain raté et fauché qui vit à NYC tombe sur son ex-beau-frère ex-dealer qui bosse maintenant pour un laboratoire pharmaceutique et lui file, un peu comme ça pour rien, un cachet à 800$/pièce qui va lui permettre de décupler ses capacités intellectuelles grâce à une entourloupe scénaristique pseudo-scientifique quelconque. Donc plutôt que raconter ce que Limitless offre, c'est à dire un peu plus que le minimum syndical du thriller rythmé avec une histoire de drogue (rythme de fou, scènes psyché qui font mal à la tête, effets de lumière évidents, trois bastons et beaucoup de courses à pied -- en fait, la bande annonce), on va plutôt parler de ce qui manque au film, en essayant de ne pas trop spoiler.

Déjà, le potentiel d'une telle histoire est effectivement limitless : on peut pratiquement construire une histoire différente pour chaque personnage principal qu'on peut inventer. Et pourtant, on nous sert à peu près ce qu'on pouvait imaginer de plus évident, consensuel et tristement irréaliste à Hollywood : notre utopiste paumé devient un ultra-trader qui va utiliser son cerveau comme un Pipotronic pour conduire de belles bagnoles et chopper de belles grognasses grâce à sa nouvelle cagnotte. C'est quand même méga-triste que notre super auteur n'ai pas pensé une seule seconde à lutter contre le cancer (ou même le rhume), cherché un moyen de lutter contre la mortalité infantile ou même (miss-USA-style) de trouver la paix dans le monde (non non, mais c'est vraiment trop compliqué tu comprends). Définitivement, notre héros est un gros con, honteusement hypocrite tant que le capitalisme financier ne lui permet que de manger des conserves et de se faire plaquer régulièrement.

Je pense que la production voulait produire un thriller malin mais définitivement ultra-grand-public, et donc éviter de poser la moindre question susceptible de fâcher. C'est pourtant complètement idiot puisque le sujet lui-même pose déjà de très nombreuses et très vastes questions (que faire avec un tel pouvoir ? Un être humain doit-il nécessairement tricher pour être exceptionnel ? La drogue, c'est mal ou bien ?). En plus, le film prend déjà ce parti détestable de montrer un héros qui ne va servir que sa propre cause POINT BARRE, n'hésiter à prendre ce cachet, dont il ne sait rien, pendant au plus une demi-heure (soit quinze secondes de film) et encore, parce qu'il se retrouve devant une jeune hystérique.

D'ailleurs, parlons un peu de cette scène où il prend le fameux médicament pour la première fois : il se retrouve face à la femme de son propriétaire qui lui réclame le loyer du mois. Et ça l'ennuie terriblement, alors bon, pourquoi ne pas être stone ? C'est vrai, après tout, maintenant, je prendrai une amphétamine à chaque fois que mon patron me demandera d'arriver à l'heure au travail. Ensuite, le produit devient actif, et notre héros devient moins con. Oui oui, moins con : il réalise qu'en fait, la fille est en colère : Waouh ! Quelle flèche ! Il devient même tellement malin qu'il commence à se soucier de la personne qu'il a en face de lui... avant de la sauter. Bravo, ça c'est de l'achievement.

Et c'est finalement toute la ligne directrice du film : pour ne pas froisser le spectateur en lui faisant la morale (ou non), on ne dit rien, on s'abstient de tout commentaire sur l'enchaînement de faits qu'on s'efforce de suivre en se disant "Ok, passe cette histoire de toxicomanie, Ok, passe cette histoire de t'es malin donc t'es un super-trader bling-bling". Rien à ajouter.

Ah si, on évoque un minimum le manque, puisque quand il revient à la normale, notre héros tombe malade. Quand il est sous l'effet du produit, il ne pense jamais à faire un peu de reverse-engineering sur le produit pour pouvoir le fabriquer lui-même. Je me suis dit pendant tout le film : "mais quel con, j'aurais tellement pas fait ça".

En clair : bonne idée, mais on passe à côté. Je pense que si vous voulez vraiment sortir au cinéma Mercredi prochain, essayez plutôt London Boulevard. D'ailleurs, si je suis motivé, je tenterai aussi d'en écrire la critique.