(FYI, IMHO : In my humble opinion -- ah et FYI : For Your Information)

Hier je suis allé voir The Social Network, comme un peu tout le monde en fait. J'ai vraiment hésité à aller voir ce film : cette espèce de mode qui consiste à montrer le Geek comme une sorte de nouvel héros sociétal me dérange pas mal, et c'est en partie parce que des amis m'ont assuré que ce n'était pas ce que faisait ce film que je m'y suis intéressé.

Alors avant tout, je ne parlerais pas de Facebook, de réseaux sociaux et de vie privée. Beaucoup ont parlé de ce film comme avant tout l'histoire de Facebook, et ça ne m'a pas vraiment intéressé. Par contre, c'est -il me semble- la première fois que je vois un geek au cinéma. Un geek qui n'est pas fantasmé, qui n'est pas devenu une bête de foire au tiques comportementaux amusants (il n'empêche que je m'amuse aussi devant Sheldon Cooper de The Big Bang Theory) ou plein de super-pouvoirs magiques obtenus grâce à une frappe frénétique au clavier. Et c'est pourquoi j'ai envie de parler de ce film.

Avant d'être l'histoire de Mark Zuckerberg, perçu comme un génie de l'informatique diabolique, c'est la simple histoire d'un geek, qui se passionne pour l'informatique, qui n'est pas synchronisé avec l'univers social qui l'entoure, mais plutôt avec les codes (je ne parle pas nécessairement de programmation) qui régissent l'informatique et le "social" sur le net. Un geek qui s'en prend plein la gueule parce qu'il est geek, qui cherche à se créer une identité contre les non-geeks, et qui donc, s'en prend toujours plus dans la gueule.

En somme, j'ai eu un peu trop l'impression de me reconnaître dans ce film. Non pas parce que j'ai envie de m'imaginer milliardaire dans cinq ans, ou parce que je serais une super-star du réseau, mais parce que ce personnage, si on lui enlève Facebook, il redevient comme un paquet de geeks comme nous. On est à peu près détesté par un gros paquet de gens parce qu'on parle de trucs qu'ils ne comprennent pas. La deuxième issue, c'est de devenir un "trop bon-trop con" : le geek cherche soit à s'opposer, soit est prêt à tout pour s'insérer (mais ça, on ne le voit pas dans le film). Les gens ne comprennent pas le geek, et lui, tout ce qu'il a une fois sorti de son PC, c'est le rêve d'avoir l'occasion, un jour, d'être comme eux. Aujourd'hui encore, au sein même de ma promo d'étudiants en informatique, il y a un fossé entre les geeks et les autres étudiants (qui étudient l'informatique comme n'importe quelle autre discipline) et c'est pas toujours beau à voir.

Au collège et au lycée, je me vengeais aussi de mon ex et de ceux qui me faisaient passer pour un con en balançant des saloperies dans un blog puéril, je leur envoyait un p'tit mail signé hotmail ou caramail qui leur demandait leur mot de passe, tout ça parce que là, je me sentais bien dans mon truc, et qu'en fin de compte, je gagnais la partie sur mon terrain.

La comparaison entre ce personnage et moi s'arrêtera probablement là : j'ai choisi de mettre de côté mon complexe d'infériorité, à arrêter de rêver de rentrer dans un final-club prestigieux, et j'ai surtout pas choisi de me morfondre dans ce délire immature. Alors non, je n'ai pas envie de hacker le concept des relations sociales et de les recréer virtuellement pour en être le maître absolu. J'ai décidé d'utiliser ma créativité et mon talent pour me faire plaisir et partager.

Je vous en prie, ne voyez pas ça comme un délire mégalo et/ou de la prétention mal placée, replacez ça dans son contexte.

J'espère que personne ne vénère ce personnage après avoir vu le film, et que personne ne le déteste bêtement. En tout cas, moi, je le plains parce que c'est avant tout un personnage incapable d'empathie et d'interaction avec les autres, et je l'admire parce qu'il a démontré que PHP et Javascript pouvaient permettre de faire des trucs impressionnants.

Ah et oui, naturellement, dans mon école aussi les fêtes d'étudiants se font avec champagne et filles en sous-vêtements, c'est pour ça que tout le monde veut rentrer dans une grande école.

Edit: je me permet de citer l'interview par Libération de Sorkin, le scénariste du film :

Pour le reste, on sera d’accord : c’est un type brillant. Pas brillant comme peut l’être un logiciel, mais un garçon d’une créativité effarante. En revanche, il est amer. Je ne sais toujours pas si son amertume précède son handicap social ou si elle est la conséquence de son incapacité à se faire aimer des autres. Il est animé d’un fort esprit de revanche. C’est la face noire du geek : une frustration sexuelle et sentimentale insurmontable. Il a un complexe d’infériorité qu’il a monté en complexe de supériorité.