Je viens de finir Salt, vous savez, le super film d’espionnage avec Angelina Jolie sorti au cinéma cet été. Alors naturellement, comment vendre un film d’espionnage ? En disant que c'est le digne descendant de Jason Bourne !

Alors j'ai tenté l'aventure, et le résultat est sans appel. Premier signe de doute : 1 minute 15, c'est le temps qu'il m'a fallu avant de choisir de faire une pause tweet pour ça :

Salt, ça commence comme un porno nord coréen.

Je me suis tellement amusé après ça que j'en fait un article.

Déjà on y croit pas du tout : la scène d'ouverture est gratuite, les dialogues qui suivent inutiles et on se demande quand l'histoire va se mettre en place. Naturellement, on apprend aussi que sur son sol (à Washington), la CIA est sous couverture dans des bureaux avec un gros logo "Rink Petroleum". Ok, mais alors pourquoi un espion russe cherchant à négocier des informations sait que c'est à cet endroit que la CIA se cache ?

Attention, je vais faire quelque spoils, mais dans le fond, je pense que ce n'est pas bien grave, car aucun des 79,4 twists n'est une véritable surprise.

Naturellement oui, on voit bien la tentative d'approche à la Jason Bourne : après tout c'est un membre de la CIA qui est traqué par la CIA. Mais la comparaison s'arrête là : on a aucune sympathie pour le personnage d'Evelyne Salt, à qui il prend de foutre à feu et à sang les bureaux de ses collègues comme une envie d'aller au toilettes (elle le dit : Hey, I've got to pee à 19min15 - ça explosera deux minutes plus tard). On ne comprend pas les raisons de ses agissements.

Le film joue sur l’ambiguïté du personnage de Salt (Who is Salt ?) : la carte du vieux fantasme des espions communistes dormants, et nous faire nous demander (en tout cas pendant une bonne partie du film) pour qui Salt roule. Effectivement, on se pose un peu la question, mais parce qu'on se dit que le scénario est tellement mal écrit qu'on ne peut pas présumer de la cohérence des agissements de la demoiselle.

Ensuite : qui dit bon film d’espionnage américain dit naturellement gros stéréotypes :

  • 2010, c'est toujours un peu la guerre froide et la chasse aux sorcières, même si officiellement non,
  • et donc, les communistes (ou ex-communistes) sont les méchants anti-américains,
  • les russes vivent dans des lieux crasseux, sont généralement balafrés ou mal rasés (ce type de repères visuels bidons facilite la création de twists d'ailleurs, puisqu'on peut identifier X ou Y d'un bord ou d'un autre par erreur),
  • une personne vient d'abattre un président dans New York, qui le prend en charge ? La CIA ou la NYPD ? Question qui nécessite une guerre des juridictions comme dans une bonne vieille série,
  • les russes créaient des soldats fantômes, qui donc étaient élevés enfants en Sibérie habillés avec des tenues type pyjama rayé de prisonier,
  • et pour finir, tout naturellement, chapka/fourrure = russe.

Ensuite, on voit bien les ficelles à la Jason Bourne :

Le rythme de l'action est très soutenu, les changements de plans nerveux (même quand l'action est calme - ça c'est pas bien) et on enchaine tout très vite. Par contre, on pense aussi à couper les scènes par des flash-backs moisis et complètement désynchronisés. Croyez moi ou non, mais tandis que des agents la retrouvent et la poursuivent dans son appartement, on cale un flashback parce qu'elle pense à son mari enlevé en regardant son chien. Mais si ! Vraiment !

Jason Bourne était un personnage humain : très froid, entrainé à maîtriser ses émotions, il n’empêche qu'ils se posait des questions sur la légitimité de ses actions. Si, en ce qui concerne Salt, l'aspect affectif et humain est supposément important dans l'histoire, le fait qu'elle tue de sang froid une dizaine de mecs dans un lieu crado après avoir sauvé son chien me laisse pensif. La tripotée de stéréotypes dont j'ai parlé plus tôt (et juste après) n'aide pas à mettre dans une ambiance qui rend la construction de ces personnages crédibles.

Le truc cool dans la trilogie Bourne, c'était les techniques et réflexes d'espion qu'il avait : il était, par exemple, capable d'anticiper les coups de ses adversaires ou les tromper avec des diversions. Ici, Salt construit un lance grenade avec un pied de table et des produits ménagers. Ah. Salt sait aussi qu'en tazant un mec qui conduit, il accélérera proportionnellement à l'intensité du courant qu'elle va lui mettre dans la gueule, lui permettant ainsi de conduire. Ah (bis).

On pourrait jouer au jeu des 7 erreurs si 7 était un nombre supérieur à 50, parce que vraiment, c'est facile, et même les enfants peuvent jouer : monsieur agent de la CIA tire sur un camion citerne sur l'autoroute et c'est normal, madame saute dans une cage d'ascenseur et se rattrape quelques mètres plus bas comme le personnage d'Assassin's creed, on entre dans la maison blanche comme dans un moulin, un moniteur de caméra de surveillance est full HD (et il y a du son), et il suffit de passer par la porte de service d'une station de métro pour sortir d'une station fermée pour cause de funérailles du vice-président des États-Unis. Il y en a plein d'autres, amusez vous bien.

Alors disons qu'en gros, Salt c'est un Jason Bourne écrit par un môme d'une douzaine d'années nourri aux jeux vidéos... et pas les meilleurs. On s'attend à tout moment à voir un personnage tirer dans un baril (posé là par hasard) et qu'il explose simplement parce qu'il est de couleur rouge.

C'est dommage, il y aurait eu de l'idée... peut-être. Je retiens qu'on peut vraiment s'amuser entre amis en regardant ce film : en cherchant justement à lister les incohérences, improbabilités, erreurs physiques ou stéréotypes. Si en plus on s'attaque à parler du montage, le jeu devient vraiment trop facile.