L'humeur et le blog de Martius

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vendredi, 16 décembre 2011

MI: Ghost Protocol

Ethan rempile, à pratiquement 50 balais (on a vérifié sur wikipedia dans le bus, il est plus si jeune Tom Cruise, d'ailleurs ça se voit, parfois). Je me suis demandé si ça valait le coup : il faut dire que sur certains points, ça donnait vraiment envie. Premièrement cette idée de Ghost Protocol, c'est pas mal : tous les agents sont désavoués et se retrouvent sans rien. En théorie, on devrait avoir droit à un(e) Mission Impossible qui se rapproche du(de la) premier(ère), avec un Ethan qui doit faire avec ce qu'il a sous la main, enquêter, espionner, et être -parfois- un minimum fin.

Attendez-vous à être déçus : plus d'agence ça veut dire "plus de base de données des gros méchants". On l'a remplacé par le Lead Analyst du ministre de la défense des USA qui est aussi efficace que Chuck Bartowski et son Intersect dans la tête. Ghost Protocol ? Aucun problème : pour le reste, ils ont tout le matériel nécessaire. Savez-vous par quoi on remplace les moyens de l'agence ? Par des du placement produit ! Ethan se paye des outils très efficaces, à base d'iPhones et d'iPad et de BMW (et un peu DELL aussi). Autant dire qu'il ne manquent de rien, et que dans leur bagages d'agents désavoués, ils avaient tous les gadgets nécessaire pour éviter systématiquement le moindre contact humain. Tu sais le truc que les espions font parfois : tricher, manipuler, s'infiltrer... bah là, c'est réduit au minimum : "il y a une application pour ça".

Voilà, c'est réglé, avec tout ce matériel et cette équipe, on va avoir droit à une série de tableaux (Moscou, Dubai, Mumbai) tous franchement sympathiques, visuellement méga-efficaces et très souvent vraiment amusants. Le concept de l'épisode : ils ont tout pour réussir, mais à chaque fois, y'a une mauvaise surprise, qu'ils contourneront essentiellement grâce à la chance. Tous les gadgets vont foirer au moins une fois, où faire tomber leur couverture bêtement. Ou alors, quand les machines marchent, c'est une mauvaise surprise (genre mauvais timing) qui vient compliquer la vie d'Ethan. Alors là dessus, si on accepte de pirater un satellite nucléaire russe avec un ipad, on peut tout accepter (et surtout que ça marche pas, hein).

Par contre, à côté de ça, j'ai oublié qu'il y avait une histoire : l'intrigue est pratiquement inexistante et globalement simple comme tout. Surtout, les gentils et les méchants sont identifiés très vite, et à partir de là, on sait qu'il manque l'ingrédient secret de tout bon film d’espionnage : le mystère. On ne se pose pas, à un seul moment, la moindre question : malgré la malchance permanente de nos personnages, tout est simple et tout est réglé.

Facile, on vous dit. Alors quand on sort de la salle de cinéma, on est content d'avoir vu des jolies photos de carte postale et des jolies cascades, mais c'est un peu léger. Heureusement que c'est rigolo et bien réalisé !

mardi, 29 novembre 2011

The films of...

Un petit malin s'est amusé à compiler la filmographie de plusieurs grands réalisateurs (et aussi un studio), parmi lesquels certains que j'adore vraiment. Petite sélection.

Attention aux éventuels spoilers qui peuvent trainer (dans les videos de Fincher et Nolan). Ce sont des gros spoilers mais pas forcément très visibles.

Danny Boyle

David Fincher

Les studios Pixar

Christopher Nolan

Il y en a d'autres qui trainent sur la chaine youtube de leur auteur.

mercredi, 5 octobre 2011

Drive

Il y a encore quelques semaines, je n'avais pas entendu parlé de Drive. N'étant pas un adepte de la masturbation intellectuelle des festivals de cinéma comme celui de la croisette, j'avais évité d'entendre parler du "prix de la mise en scène à Cannes". C'est un peu par hasard que je suis tombé sur un article de blog qui parlait du film.

Il y a encore quelques semaines, si on m'avait dit que j'associerai crissement de pneu et poésie dans un billet au sujet d'un film, j'aurais certainement eu beaucoup de mal à y croire. Et on y est presque, c'est pour l'un des paragraphes qui va suivre.

D'abord, il y a cette mise en situation toute simple : Los Angeles, un jeune conducteur doué, à l'instinct bien rodé, et malin. Il parle peu, il veut être efficace. Jusque là, c'est joli, c'est simple, et le rose/mauve des titres tranche net avec les deux couleurs ultra-dominantes du film (et du cinéma ces dernières années).

Il y a cette mise en scène qui prend son temps, qui pose les choses, et qui se balade au son de la musique du film, qui te berce bien tranquillement. Et puis l'histoire se met en place, les personnages, la jeune, jolie et toute frêle voisine qui a un petit souci avec sa voiture. Drive parle un peu de voitures, un pas mal des mafieux du coin, mais surtout d'un gentil gars qui tombe amoureux. Enfin, je dis "parle", mais on entend pas beaucoup le son de leurs voix, au chauffeur et à la voisine Irene.

Et très rapidement, on comprend que l'essentiel de la force du film, c'est bel et bien la fameuse "mise en scène" : en jouant avec quelques regards, quelques gestes et quelques expressions sur le visage des comédiens, l'essentiel de la situation passe, et le moindre mot prononcé devient inutile. Ensuite, on va jouer sur le rythme pour être certain que tout passe. C'en est tellement reposant que ça en est souvent troublant.

Et puis il y a ce chauffeur, qui par la force des choses, et parce que c'est un mec vraiment bien dans le fond (et certainement aussi parce qu'il a été, d'une manière ou d'une autre, influencé par Taxi Driver, comme le réalisateur, si vous voulez mon avis) va se transformer en quasi-héros. Ou plutôt en être humain, en vrai (c'est le refrain en boucle du thème principal du film). Son arme, c'est essentiellement sa voiture, naturellement. Et quand l'artiste pilote, c'est pratiquement magique, mais surtout, c'est incroyablement loin de toute esbroufe : le spectacle n'est jamais là gratuitement, et c'est un vrai luxe dans un film qui veut montrer de la taule qui se froisse.

Bon, je n'ai pas dit que les crissements de pneu étaient poétiques, mais franchement, parfois, quand il tourne son volant, j'ai vraiment trouvé ça beau. En vrai. Attention, ce n'est pas parce que c'est bucolique que c'est chiant. Sans même avoir besoin d'afficher une arme à l'écran, sans même avoir besoin de filmer un braquage, et par au moins deux fois, simplement en filmant l'attente, le film fout une pression monstrueuse. Et de toute façon, le bain de sang arrive toujours tard, et il est tellement violent qu'on arrive pas à se calmer entre deux sueurs froides.

Un film qui m'a séduit !

mardi, 20 septembre 2011

Attack the block

Attack the block est un film dont la bande annonce m'a franchement induit en erreur : nouveau film "par les producteurs de Shaun Of The Dead", avec Nick Frost régulièrement à l'image (l'un des membres du duo de Shaun Of The Dead, Hot Fuzz et plus récemment Paul). Je pensais voir une comédie bourrée de références au genre du cinéma qui y est traité (les aliens qui bouffent des gens). "Alors déjà non", comme dirait mon ami Paul. Attack the block est, euh, un film d'Aliens assez classique, qui a pour principale originalité de se situer dans une cité HLM londonienne. Effectivement, ça n'avait pas été fait à ma connaissance.

Alors, de ce côté là, c'est plutôt sympathique, si on arrive a accepter le langage argotique et l'accent parfois difficile (impossible ?) à décrypter pour un francophone de principaux protagonistes (c'est pratiquement comme montrer Bienvenue chez les ch'tis à un anglophone qui a fait français LV2). Le film est joliment mis en scène, l'action plutôt fun et l'heure et demi passe plutôt vite. Placer le film dans un environnement complétement inhabituel pour ce genre de film donne doit à quelques originalités qui donnent un peu de charme à certaines situations, comme l'utilisation d'armes inhabituelles, les fuites en scooter de livraison de pizzas ou les cachettes dans les poubelles. Youpi ! Mais au delà de ça, il faut bien admettre qu'on se retrouve avec un produit qui n'apporte pas grand chose de plus. Alors bon, on ne risque pas de louper grand chose si on manque ce film.

Un truc m'a quand même un peu chiffonné, dans Attack the block : la bande de p'tits cons qu'on va suivre, il commencent par racketter une pauvre voisine (ils s'excuseront ensuite, parce qu'ils ne savaient juste pas qu'elle habitait dans le quartier), casser des trucs, et faire les casseurs à la con. Bon, moi ça m'égratigne un peu quand on film ça sans autre justification que "ça représente une certaine réalité, hein ?".

Histoire de pas prendre de risque, on colle vers une heure de film un petit "toutes vos conneries entrainent des conséquences, et si les aliens vous attaquent, c'est parce que vous avez fait les cons". Et c'est tout !

Bon, c'est probablement pas nécessaire d'ajouter au film la dimension politique/sociale de La Haine (M. Kassovitz au cas où), mais là, c'est complétement absent. Tellement absent que ces anti héros plutôt rigolos banalisent un peu trop les petits actes de délinquance du début du film à mon goût.

Pour faire court : c'est sympathique, mais sans grand intérêt.

lundi, 19 septembre 2011

Pour elle

Pour elle est un thriller français de Fred Cavayé sorti en 2008 et dont le remake américain (The next three days, avec Russel Crowe) est sorti en DVD/Bluray il y a quelques mois. J'ai vu le remake avant l'original, que j'avais honteusement ignoré parce que français. Terrible erreur.

Tu ferais quoi toi, si ta femme était condamnée à 20 ans de prison, après avoir tenté tous les recours que la justice te donne ? À cette question que je ne m'étais jamais posée, Pour elle propose une réponse : l'aider à s'évader, tout faire pour la récupérer. C'est une erreur judiciaire, on le sait : elle n'a pas tué sa patronne, avec qui elle s'était disputée violemment plus tôt, même si les éléments de preuve sont contre elle.

Il faudra à Julien trois ans pour passer à l'acte et tenter sa chance. Le film raconte ces trois années, en trois étapes.

D'abord, Julien n'est jamais fataliste. Il va se battre avec les moyens qu'il a : trouver l'argent qu'il peut pour payer les frais de justice, un détective privé pour effectuer une contre-enquête. Malheureusement pour eux, ça ne suffira pas. Rapidement l'idée va s'imposer à Julien : il va devoir franchir la ligne jaune et la faire s'évader. Il sait qu'il n'a pas d'autre alternative, et ne perdra pas son temps à en trouver.

La volonté de Julien est assez impressionnante : il va naturellement continuer à s'occuper de son fils, travailler (il est professeur de français au lycée), et choisir de se concentrer sur ce qui compte pour lui. Le film ne le dit pas, mais j'imagine que Julien aurait pu choisir d'attendre, s'enfoncer un peu dans sa situation, se rapprocher d'associations d'aide aux pères célibataires, aux victimes d'erreurs judiciaires, et j'en passe. Il aurait probablement pu apprendre à se passer de sa femme.

Une fois que Julien est certain qu'il va franchir la ligne jaune, il va s'organiser. Monsieur tout le monde n'a pas un pied dans le grand banditisme, et franchement, quand tu veux faire évader quelqu'un de prison, tu sais que tu n'auras qu'une seule chance. Alors comment on fait ? On se renseigne, on cherche sur internet, on lit des bouquins de taulards ou ex-taulards. Par tâtonnements, il va avancer dans son entreprise, utiliser son culot et forcer la chance. Après, les choses vont s'accélérer jusqu'au point de non retour. Je vous laisse découvrir ça.

De nombreuses questions sont posées ou suggérées, et Fred Cavayé va soigneusement éviter de jouer sur la corde sensible ou d'apporter des réponses évidentes et un peu bancales. On parle de la famille de Julien, de la difficulté qu'il va avoir à les quitter, à ne rien leur dire. On évoque aussi le fait qu'il peut finir par rencontrer quelqu'un d'autre et refaire sa vie avec une autre femme,

On reste accroché à ces personnages et cette histoire parce qu'elle sonne juste du début à la fin. Les raccourcis sont vraiment peu nombreux et l'ensemble est bien dosé en hasard, chance (ou malchance). Et si ça passe si bien, c'est clairement aussi grâce au travail des acteurs, Vincent Lindon en tête.

Au passage : super le petit clin d’œil d'Olivier Marchal.

jeudi, 15 septembre 2011

Wall-E

L'été 2008 a été complétement fou. Il y a eu The Dark Knight, et il y a eu Wall-E.

Je me suis toujours imaginé Andrew Staton, qui a eu l'idée de Wall-E en 1994, attendant le bon moment pour vendre son projet à la direction de Pixar. L'idée de Wall-E est arrivée assez tôt (en 1994), et pourtant, la production du film a débuté beaucoup plus tard. Il est possible qu'un tel projet n'aurait pas pu naître dans un autre studio que Pixar, car je me demande bien quelle aurait été la réaction normale d'un patron de studio d'animation qui a Disney pour principal client, qui vise généralement un public jeune quand on lui aurait parlé d'un tel projet.

Wall-E, c'est un robot, qui ne parle pas, et qui est seul sur Terre. Son rôle, c'est de nettoyer la planète, laissée dans un sale état par les humains qui ont préféré prendre la tangente. Wall-E est un film, pour tous les publics (ça veut dire, aussi pour les enfants) et pratiquement sans paroles. Sacré pari que celui de ne pas ennuyer le spectateur sans dire un mot.

C'est un pari intégralement réussi. Pratiquement pas un mot ne sera prononcé, pourtant, Wall-E n'est pas sans dialogues. L'essentiel passe par l'image et pas mal par le mixage sonore. On savait que les animateurs de Pixar savaient personnifier pratiquement n'importe quoi après avoir vu l'exploit réalisé avec Cars, mais les robots de Wall-E n'ont pas droit aux artifices de la parole pour communiquer leurs émotions. Les animateurs ont utilisé une incroyable palette d'artifices pour développer un ensemble d'émotions soignées dans les moindres détails. Le résultat : on s'attache à toutes ces petites créatures comme si elles étaient nos animaux de compagnie.

Wall-E passe son temps dans un montagne de déchets. Il est curieux de tout et s'émerveille d'un briquet, d'une fourchette ou d'un grille-pain. Nous, on s'émerveille à chacune de ses trouvailles, qui révèlent des trésors d'écriture et des gags simples et ne sont pas seulement amusants : ils sont si joliment naïf qu'ils touchent la corde sensible et font écho a des tonnes de petits éléments de la vie quotidienne, à chaque fois ça marche.

Le génie de Wall-E, c'est aussi d'avoir réussi à rendre pratiquement invisible la complexité du travail visuel : le travail est monstrueux, l'animation magnifique, et le rendu parfois plus vrai que nature. On ne se rend pratiquement pas compte que les animateurs ont pris le parti de reproduire le comportement d'une caméra : par exemple, certains mouvements imitent la caméra a l'épaule, la profondeur de champ est calculée. Wall-E est un vrai film de cinéma, et se gave de références en tous genres : de la science-fiction bien sûr, l'animation traditionnelle également, mais aussi à du Chaplin, au films romantiques, et j'en passe (parce qu'en plus, je ne suis pas bien placé pour en parler).

Je ne pourrais probablement pas trop vous parler de toutes ces références à la peinture que l'on peut voir pendant le générique (aussi travaillé que le film, c'est géant !). Par contre, les références un peu geek, plus ou moins discrètes, je n'en parle pas pour ne pas gâcher la surprise (au hasard, Pong, le son de démarrage d'un mac, Spoutnik, ...).

Avant même que l'on s'intéresse à l'histoire du film, le film a une identité super complète. C'est lyrique, c'est beau, c'est touchant, et c'est merveilleusement bien écrit. On pourrait s'arrêter au quarante premières minutes et déjà hurler que Wall-E est un chef d’œuvre.

Même si, une fois que Wall-E est parti dans l'espace, la narration redevient plus classique, il n'empêche que je suis resté émerveillé par un robot qui joue avec un extincteur, ou un autre incroyablement maniaque. Finalement, l'histoire est presque anecdotique, même si ce petit pamphlet contre la fainéantise et le gavage sans effort est loin d'être sans intérêt.

Wall-E, le petit robot laissera des traces sur son passage, et vous n'oublierez pas ce merveilleux film de si tôt. Côté cinéma d'animation en images de synthèse, la barre est placée sacrément haut, et pour l'instant, seul Pixar est en mesure de maintenir ce niveau d'inventivité et d'originalité.

mercredi, 14 septembre 2011

Une pure affaire

David est un avocat bien gentil, du genre trop bon trop con, marié à une femme qui se fait virer pour avoir une trop grande gueule (et de toute façon, son job était sans grand intérêt et peu gratifiant, c'est la maman...), le couple a deux enfants. Ils vivent pas mal, mais s'ennuient. Et ils font une petite crise de la quarantaine qui prend une drôle de tournure quand David, sorti promener le chien, tombe sur un sac contenant de la cocaïne en grande quantité. Plutôt que de s'en débarrasser, David envisage de faire quelques livraisons après le boulot, histoire de mettre du beurre dans les épinards.

Bien sûr, il ne tarde pas à devoir dévoiler son jeu à sa femme, qui s'inquiète beaucoup de son petit manège pas très discret. Les deux rentrent donc dans la course.

Le couple est attachant : pas bien méchants, ils ont un peu de mal à s'organiser et sont vraiment naïfs. Du coup, toute cette aventure reste légère, jamais pressante et plutôt conviviale. On s'amuse bien en famille, c'est rigolo, et on ne manque pas de faire quelques blagues de situation qui passent plutôt bien.

Par contre, ils sont naïfs mais en plus, ils ont beaucoup de chance : un super méchant qui a pris des cours de méchant en regardant des films de gangsters les retrouve, et veut récupérer son bien. Il est effectivement très antipathique mais finalement pas bien violent, et ne convainc finalement personne, à part le couple qui se retrouve contraint de continuer à dealer, alors que toute la famille est au courant.

Les situations présentées dans le film sont drôles, pas trop mal vues mais très souvent bien trop consensuelles : on ne prend pas de risque à l'écriture et on reste sur un ton définitivement léger. La drogue c'est mal, mais là pas trop, en fait, parce qu'on s'amuse bien à en vendre, et puis c'est pas si dramatique : une petite crise à la maison ça arrive souvent - et pour moins que ça. On évite soigneusement toute réflexion morale ou analyse sociale, pour être certain de ne pas dire de bêtise, et de ne pas se tromper de registre.

On regarde donc ce petit film qui ne fera que passer, dont on ne retiendra pas grand chose, mais qui reste malgré tout drôle et sympathique (on ne s'ennuie quand même pas, c'est le principal).

mardi, 13 septembre 2011

Shutter Island

Shutter Island fait partie de cette catégorie de films qui nous offre très régulièrement une pièce qui vaut le coup d'être regardée : le thriller à huis clos où le personnage principal se fait tyranniser par son entourage. L'un de ceux dont je me souviens le mieux dans cette catégorie, c'est probablement Les Autres, avec Nicole Kidman, qui offrait un twist très élégant.

Shutter Island est une histoire avant tout intéressante, qui se joue en plusieurs actes et qui ne dévoile son jeu que progressivement : si on installe très vite le décor, les murs de l’hôpital psychiatrique dans lequel le Marshall DiCaprio est envoyé ne vont certainement pas révéler immédiatement tous ses secrets. Le Marshall non plus d'ailleurs, qui semble s'intéresser à l'ensemble de l'établissement, et pas seulement à ce cas de disparition mystérieuse d'une patiente. Shutter Island est une histoire de violence et de secrets : pour comprendre les mystères de l'île, il faudra être patient et analyser finement la situation, rester sur ses gardes, comprendre qui est vraiment l'ennemi. Le Marshall sait s'y prendre : il est instinctif, minutieux et redoutable. Mais il a ses faiblesses, et l'ennemi va s'en prendre à lui bien plus violemment que physiquement. On en doutait déjà plus : Di Caprio  montre une fois de plus qu'il est vraiment un acteur brillant, et on se prend à s'attacher au personnage qu'il incarne bien vite.

Le film ne se contente pas d'adapter le livre. Scorsese lui offre une véritable identité, composée d'un beau mélange de genres : polar, thriller (bien sûr) et parfois quelques emprunts malins au drame. Le film joue habilement sur plusieurs tableaux et se permet d'être intelligent en plus d'être efficace. Chaque plan agrège des références à d'autres images, des codes de styles et des idées originales. Chaque image offerte par Scorsese est infiniment riche et sert continuellement le récit. L'histoire et l'image sont fortement liées. Elles communiquent entre elles, et donc donnent à voir un spectacle tout à fait cohérent, l'esthétique géniale du film travaille vraiment à l'impact affectif du récit.

Mais l'image et l'histoire ne jouent pas en duo : le son entre aussi dans le jeu, et on se paie le luxe d'intégrer la musique à l'histoire et à l'image, et de ne pas utiliser la moindre pièce musicale inédite. Rien n'a été composé pour le film, et pourtant, on a du mal à y croire.

Le résultat est sans appel : Shutter Island est une œuvre complexe et puissante, que l'on voudra revoir pour en comprendre tous les aspects. Et c'est d'autant plus difficile d'écrire une critique quand on ne veut pas les dévoiler. Mais si je peux prendre le risque d'en dire un peu trop : Shutter Island brise le cœur plus qu'il ne vous brisera le cerveau.

lundi, 12 septembre 2011

Insidious

Dalton (oui oui, c'est son nom) tombe mystérieusement malade après que toute la famille a emménagé dans une nouvelle grande maison un peu flippante. Dans cette nouvelle maison, la maman fait l'expérience de quelques bricoles pas très nettes et pas franchement rassurantes. La maison est hantée ou le môme est possédé ? Difficile à dire.

On peut dire qu'Insidious est un film en trois parties. La première, c'est l'horreur des scènes vides d'intérêt et d'une mise en place tout à fait bancale et superflue des personnages. Un classique du film d'horreur, semble-t-il. Donc au début, il ne se passe absolument rien et en plus, c'est désagréable : qu'est-ce qu'elle est agaçante, cette maman qui ne fait pas attention à ses gosses, qui passe des coups de fil administratifs plutôt que les préparer à aller à l'école alors qu'elle ne travaille pas... Bref, du remplissage pratiquement risible.

La deuxième partie, c'est le corps du film. Le jeune garçon tombe malade : les problèmes commencent à apparaître. L’extrême intérêt de cette partie, c'est son efficacité redoutable. Franchement, on flippe vraiment. Tous les codes du genre sont déployés à une vitesse incroyable, au prix d'une légère confusion parfois, et le moindre filon exploité l'est jusqu'au bout. Quand t'es spectateur, tu t'attends certainement pas à ce que ça monte si vite en pression, car le propre du film d'horreur, c'est de savoir la ménager et appuyer là où ça fait mal, par petites touches.

Cette fois on y va pas avec des gants, et cette conjugaison d'effets et ce matraquage parfois un peu grossier sont définitivement efficaces. On est pas loin d'un Paranormal Activity condensé en une trentaine de minutes. Vraiment, tout est là. À croire qu'une telle concentration d'efficacité ne pouvait pas durer, et doit mener à cette troisième partie.

La troisième partie c'est l'horreur du conventionnel. Ce qui fait peur dans le film d'horreur, c'est quand tu ne sais pas ce qu'il se passe, et surtout, quand les personnages n'ont aucune issue. Les personnages sont pris au piège, et le spectateur n'a que deux options : arrêter le film ou attendre la fin. Insidious, après avoir été génial, se plante là complétement. Franchement, pourquoi les ghost-busters débarquent aux deux tiers du film ? C'est pratiquement changer de film. À partir de maintenant, on donne des explications, des méthodes pour s'en sortir, et surtout, on évalue les risques ! Autant dire : "au pire, voilà ce qu'il va se produire - c'est donc ce qui va se produire". On passe de mort de peur à mort de rire. Cette histoire de fantômes n'a plus beaucoup d'intérêt, on veut juste la terminer.

Si on doit résumer Insidious, il suffit d'un mot : classique. Tous les codes sont là, et ils sont parfois maniés avec un véritable talent, et parfois, pas du tout.

mardi, 6 septembre 2011

Black Swan

Si ce film est bien le Black Swan, alors toi, spectateur, tu es définitivement le cygne blanc, fragile, et tu luttes pour te maintenir dans un état stable, et maîtrisé. Ce Black Swan ne te laissera aucune chance de t'en sortir indemne, et tu le sauras dès la scène d'ouverture, qui te plonge à peine après un écran titre au cœur du propos : une scène, un ballet, un cauchemar.

Black Swan n'est absolument pas un film sur l'univers de la danse et des danseuses, les violences qu'elles s'infligent les unes aux autres, l’extrême difficulté de ce métier. C'est un film sur la danse : la chorégraphie, le corps de la danseuse, son art et son implication. La différence peut paraître subtile, mais implique la quasi disparition à l'écran de la troupe pour se concentrer sur Nina (Natalie Portman), la nouvelle Reine.

On ne regarde pas un film, mais un ballet, intégralement. La caméra est pratiquement toujours à l'épaule, suit les mouvements des acteurs constamment présentés dans des plans serrés. La chorégraphie de la caméra est d'une précision époustouflante et ses mouvements complexes. On peut apercevoir la quantité de travail nécessaire pour obtenir une telle image en comptant le nombre de miroirs dans le champ, ils sont omniprésents. On les filme même pour troubler la lecture des scènes au spectateur (vous allez passer du temps à vous demander si cette griffure est sur l'épaule gauche ou droite de Nina).

Les miroirs renvoient constamment à l'idée maîtresse du film : le seul ennemi de Nina, c'est elle même, sa fragilité et sa quête de perfection. On ne voit qu'elle et on la voit même plusieurs fois sur une même image. Si elle a peur de se faire voler le rôle par le cygne noir, ça n'est rien à côté de la violence qu'elle s'inflige. Tout ça résonne naturellement avec ces notions de sacrifice et d’abnégation, la mise en retrait de tout le reste sauf cette quête du sommet, de la perfection.

Black Swan nous plonge avec une effrayante efficacité dans un univers intensément violent, en permanence. Et le plus déroutant, c'est que Darren Aronofski y parvient avec des artifices particulièrement simples. La force du film est construite autour d'idées et d'images simples, mais frappantes - fracassantes, même. La vue de ces corps en souffrance, celui de Nina en tête, bien sûr, m'a rendu pratiquement malade. Malade et mal à l'aise, car ces corps servent à danser, mais aussi à avoir des rapports sexuels, qui deviennent de véritables agressions. On devient franchement obsédés par Nina, comme tout le monde : le chorégraphe, la costumière, la kiné et les spectateurs venus admirer la nouvelle tête d'affiche.

L'omniprésence de Natalie Portman nous ferait presque oublier la qualité des seconds rôles : Thomas (Vincent Cassel), Lily (Mila Kunis), Beth (Winona Ryder) et la mère de Nina (Barbara Hershey), qui témoignent de la puissance de cette histoire démentielle. Vincent Cassel, qui m'avait franchement énervé dans Mesrine (le personnage, c'était Mesrine ou Cassel ?), est ici génial, et s'efface vraiment derrière son rôle.

Le film est un ballet. La musique du Lac des Cygnes, retravaillée par Clint Mansel est géniale, et le mixage sonore aussi précis que l'image, et c'est bien normal compte-tenu de son importance.

Le cygne blanc ne peut pas résister bien longtemps face au déploiement de forces mis en œuvre dans Black Swan. C'est un film extrêmement complet qui parvient en plus à être accessible, même si la danse, c'est pas ton truc. Vraiment c'est un chef-d’œuvre. Vous devez le voir. C'est Requiem For A Dream, mais dix ans plus mature, The Prestige, mais qui remplace l'art de l’illusionniste par l'art du danseur.

Merci à Corentin de m'avoir offert le film !

vendredi, 2 septembre 2011

The Company Men

The Company Men est LE film américain grand public de cette année qu'il faut voir pour briller en société. C'est LE film qui remet les pendules à l'heure, qui explique à tous les américains qu'il y a une justice sociale. L'histoire d'un "American Dream" en deux volets.

On est dans une grosse boite, le succès à l'américaine. Des diplômés classes, qui ont bien réussi leur vie. La middle-class américaine "plus plus". Mais d'un seul coup, c'est la crise économique, et tous, un par un, vont se faire dégager, du bas vers le quasi-sommet de la hiérarchie de l'entreprise. Autant dire que Ben Affleck va devoir changer de voiture, et remplacer la quatre-roues motrices par une Toyota Prius.

Ce qui est bien, dans The Company Men, c'est qu'on ne filme pas la misère clientéliste. On aurait pu te filmer Flint triste, avec ses industries en friche et ses chômeurs au bout du rouleau. Mais laissons ça à Michael Moore, s'il vous plait. Ici, un peu de justice ! La classe moyenne en prend pour son grade, enfin !

Ce qui est pratiquement génial avec ce film, c'est qu'il est suffisamment juste pour qu'on rentre dedans. L'ensemble est cohérent et tenu, à l'instar des personnages qui évitent généralement d'être une caricature d'eux mêmes, la réalisation est tout à fait correcte et le jeu des acteurs est bon. Il faut dire qu'on passe pratiquement deux heures en compagnie de grands (Ben Affleck, Tommy Lee Jones, ...).

La force de frappe du film, c'est d'aller à contre courant de la stigmatisation d'une catégorie sociale (et, aux États-Unis, généralement raciale aussi). Après tout, si dans un premier temps on a envie de se dire que Ben n'a pas à se plaindre et que se passer de la Porsche et du Barbecue c'est pas un gros sacrifice, on rentre rapidement dans le cœur du problème : la crise de l'emploi chez le jeune-cadre-dynamique, c'est aussi une crise d'identité. Le retour de bâton est proportionnel à ta dépendance à ton status social. Autant dire que dans notre petit environnement post-industriel, tertiaire et de fortement qualifiés, c'est la drogue à laquelle on roule tous. On se scandalise en entendant "I need to look successful, I can't look like another asshole with a resumé.", mais on sait tous que c'est aveu qu'il fait à sa femme, avec qui la relation se tend.

En plus de subir l'humiliation face à ses paires jeunes-cadres-dynamiques (qui ont encore la chance d'avoir du travail), Ben à peur de perdre sa place de père de famille, devenu incapable de maintenir le niveau de vie auquel il a habitué son foyer. On est à deux pas de la perte de la virilité, c'est déjà Maman, avec son job d'infirmière, qui maintient les têtes hors de l'eau.

Même si la priorité est donnée au drame familial du chômage de M. Affleck, The Company Men ne se prive pas de montrer que même si, sur la forme, le contexte économique post-crise touche différemment selon le rang social, le fond reste le même, et passer du niveau 10 au niveau 5 ou du niveau 5 au niveau 0, c'est peut-être mieux d'être encore au 5e, mais tout le monde s'est pris un "-5" dans l'estime. Les dégâts sont là. Il en reste qu'à 5, il te reste ta famille, tes compétences et un place dans le graphe social, à zéro, il te reste de quoi acheter une corde et trouver une poutre.

Ces Company Men ont donc une limite : celle de leur public. La catégorie socio-professionnelle la plus à même d'aller voir un tel film, c'est bien celle qui est montrée en priorité. On n'ira donc pas jusqu'à prendre le risque de les froisser, et on ne prendra pas non plus le risque de pousser le message politique plus à gauche qu'un simple "les lois de l'économie et de l'entreprise, le capitalisme quoi, ça peut faire des dégâts". Et de terminer le film par une note d'espoir bien facile : le rêve américain, c'est aussi être entrepreneur, et se prendre en main. Pas la peine d'attendre que ça vienne : c'est à toi de créer l'opportunité. C'est dommage, car Ben Affleck est du genre démocrate convaincu et affirmé, et parler un peu plus de rapport de force, d'équilibre social et de la pression du courant libéral aurait permis au film de montrer qu'il a du cran, et de grimper d'un rang dans la hiérarchie des films.

mercredi, 31 août 2011

Pirates des Caraïbes 4

Encore un Pirates des Caraïbes, ah bon. Je n'ai pas été convaincu par la première trilogie (le troisième épisode était incroyablement mauvais), même si le concept semblait assez prometteur. Bon point pour le nouveau, le couple Knightley et Bloom disparait de l'écran au profit d'une nouvelle équipe, je n'aimais pas beaucoup ces personnages, à vrai dire.

Quatrième épisode, autant dire qu'on navigue en eaux connues, et plutôt calmes. Ne vous attendez pas à la moindre surprise côté scénario : le tout est plutôt téléphoné et linéaire. Dans l'épisode précédant, les auteurs avaient cru que pour éviter un scénario creux, il fallait en mettre partout, on y comprenait plus rien. Là, c'est bon. C'est simple : trois bateaux, trois équipes, une destination : la fontaine de jouvence, le premier arrivé a gagné.

Cette épisode gagne, en contrepartie, de la substance dans les situations, et on le voit surtout dans le premier quart du film, quand les pirates sont encore sur la terre ferme (Jack Sparrow qui rencontre le roi de Grande Bretagne, ça donne une scène vraiment géniale).  On perd un peu le fil après, et on se demande bien pourquoi, là, en plein milieu, Sparrow arrive avec un cochon, qui sort d'on ne sait où. À l'échelle du film, tout ceci se traduit par moins d'effets spéciaux numériques, un côté un poil plus authentique (si on peut parler d'authenticité), et surtout, Sparrow est nettement moins agité, et franchement, moi, ça ne me manque pas du tout.

Ah mais oui, le film était projeté en 3D, j'avais oublié - je l'ai vu en 2D, et il me semble que dans l'ensemble, c'est encore bien accessoire.

Il n'y a pas beaucoup plus à dire sur le film, qui ne m'inspire pas beaucoup tant il n'y avait rien de nouveau là dedans. Au moins, on est pas trop pris en défaut et on sait ce qu'on va voir, et on en a pour son argent. En tout cas, c'est bien meilleur que l'épisode 3.

lundi, 29 août 2011

X-Men: First Class

Bryan Singer avait lâché les X-Men après le deuxième volet. Ce fût terrible pour la franchise puisque les deux épisodes suivants (The Last Stand et Origins: Wolverine) étaient pratiquement catastrophiques. Après un détour par Superman, Singer revient à la production, et confie la réalisation à Matthew Vaughn, qui m'avait foutu une grosse claque avec Kick-Ass. J'étais à deux pas de dire que X-Men, au cinéma, c'était fini pour moi, mais Marvel semble avoir mis le paquet pour me faire changer d'avis. Il faut dire aussi que Bryan Singer a réalisé l'inoubliable Usual Suspects et a longtemps participé à House (la série), de quoi donner envie, en fait.

Ce nouveau X-Men est en fait un reboot donc. Technique utilisée chez Marvel depuis toujours pour dire "on prend les mêmes, et on recommence, parce qu'on va pas changer une équipe qui gagne, et qu'on peut plus continuer avec cette série, on est allé au bout". Côté comics, j'ai cru comprendre que le reboot était une tradition. Dernier exemple en date, Spiderman est devenu un latino-américain (mais pas au cinéma, à en croire le casting).

Bref, ici, on découvre la rencontre entre Xavier et Magneto, les deux "meilleurs ennemis", on assiste, grosso-modo, à la création de l'école du Professeur Xavier et aussi on découvre Raven/Mystique, personnage clé, on le sent bien.

Le problème, quand on bouscule la chronologie des sorties cinéma par rapport à l'histoire, c'est qu'on risque de voir une désynchronisation violente entre les avancées techniques (et l'augmentation du budget) avec le ton qu'on s'attend à voir dans le film. Un peu comme la trilogie préquel Starwars, ou le visuel (décors, effets, vaisseaux) fait futuriste par rapport aux originaux, alors que ça se passe une génération avant. Moi, ça m'a vraiment perturbé.

Pour ne pas risquer de produire une désynchronisation trop violente, le film est en fait présenté comme un bon vieux film d'action old-school. L'essentiel de l'histoire se déroule pendant la guerre froide, alors va essentiellement utiliser les codes des films qui ont le plus joué avec la guerre froide. Par exemple, tous les "vieux" James Bond. Et ça ne loupe pas : le rendu est souvent kitsch (dans le bon sens), tout le temps décalé (pas toujours dans le bon sens). On ne cherche pas la crédibilité (du tout), mais plutôt à faire gagner au film un ton léger qu'on a perdu il y a bien longtemps dans le film d'action.

Le film nous offre donc un méchant pur-jus, avec costumes de dandy aux couleurs violentes, sous-marin nucléaire personnel et équipe de choc, incluant la blonde au décolleté monstrueux femme-fatale, et l'homme de main qui tue au couteau. L'équipe des gentils s'en sort bien aussi puisqu'on a un super savant qui fabrique des machines de folie, des jets conçus par la CIA mais qui ne sont à la disposition que de cette petite équipe. Je pense que vous voyez le tableau. En plus, les personnages sont pratiquement attachants, y compris ce Charles Xavier, même si son côté méga cerveau à tendance à irriter. Les divers clins d’œil contribuent aussi à donner au film un ton fort sympathique.

Par contre, côté casting (des mutants, pas des acteurs), c'est un peu moins ça. On suppose découvrir le début des X-Men, les êtres mutants ne sont pas encore bien connus. Pourtant, ils ont pratiquement tous des pouvoirs au moins aussi impressionnants que ceux qu'on avait l'habitude de voir, mais en "encore plus". Je ne suis pas un grand connaisseur, mais la présence d'Azazel, qui a le pouvoir de se téléporter (comme Diablo) me parait anachronique. On découvre Diablo dans X-Men 2, qui se passe au moins trente ans plus tard. Pareil pour monsieur qui fait du Hula Hoop avec des cerceaux d'énergie : Cyclope arrive bien plus tard, alors montrer que Xavier galère autant avec le nouveau que l'autre -alors qu'il a trente ans de carrière en plus- qui avait un pouvoir beaucoup plus puissant, je trouve ça un peu triste. Je pense donc qu'un peu plus de sobriété dans le choix des mutants et de leurs pouvoirs aurait pu donner au film un enjeu supplémentaire : celui de ne pas toujours vouloir tout résoudre avec des super-pouvoirs.

Sans transition, parlons maintenant du deuxième axe qu'on doit retrouver dans une histoire de X-Men : la quête d'identité. C'est 50% du film, et c'est normal. On sent bien que la thématique est travaillée comme il se doit. Par exemple, j'ai trouvé Mystique/Raven très attachante. Et toute cette jolie construction se retrouve entourée d'allusions au racisme entre les peuples parfois amusantes et parfois navrantes (parlons de l'esclavage, montrons le seul noir du film en gros plan à ce moment), mais jamais suffisamment fortes pour qu'on en ressente les enjeux (on évite quand même le point Godwin, ouf!).

Je pense qu'il était en fait assez difficile de tenir correctement les deux tonalités du films : le passage entre légèreté et gravité se fait parfois un peu douloureusement, résultat, je suis souvent passé à côté des enjeux du film, et l'ensemble n'a pas réussi à me marquer. Le divertissement est là, c'est le principal.

jeudi, 25 août 2011

Following

Nous sommes en 1998, Christopher est un jeune homme de 28 ans, diplômé de lettres. Il écrit des histoires, des scénarios même. Ce qu'il aime, dans ses scénarios, c'est qu'ils vont à contre courant de la logique attendue du spectateur, puisque pour chaque code de la narration ou du cinéma utilisé, il place un élément en opposition, qui va surprendre, dérouter, provoquer une réaction indéterminée au spectateur.

C'est beau d’écrire des scénarios, mais Christopher ne travaille pas dans le cinéma. Alors il va tenter sa chance avec les moyens du bord : la super 8 de papa, les économies, et les amis. Et tourner le film à raison de 15 minutes d'image à l'écran par semaine, les samedis après-midi. Son premier film lui a coûté environ 5000£. Son prochain film coûtera à la Warner environ 250 millions de dollars.

Dans Following, nous suivons Bill, un jeune chômeur qui souhaite devenir écrivain. Pour trouver l'inspiration, il se met à suivre des gens, au hasard, dans la rue. Naturellement, il se fixe des règles, parce qu'il sait que c'est une pratique bizarre, et que ça pourrait être très mal interprété. Pourtant, il ne va pas réussir à respecter la plus importante de ses règles : jamais deux fois la même personne. Et c'est ce qui va le conduire à rencontrer Cobb, un cambrioleur, qui va lui donner beaucoup d'histoires à raconter.

Nous suivons Bill de très près. On l'espionne presque, comme il espionne les gens. La narration n'est pas linéaire, l'histoire nous est présentée dans le désordre, histoire de comprendre comme c'est désagréable d'être un voyeur qui ne peut pas voir à travers les murs, à qui il manque un bout de l'information. On ne quittera pratiquement jamais le point de vue de Bill, à deux exceptions près, pour rééquilibrer le rôle du spectateur-voyeur. Après tout, le voyeur profite d'un léger avantage sur le suivi : il a un plan plus large et voit ce qu'il y a dans le dos de l'homme observé.

La narration n'est pas linéaire, mais pas désorganisée pour autant. Pour chaque lieu, chaque moment, et chaque situation, Christopher placera dans le champ de sa caméra (il filme lui-même) un repère pour le spectateur. Il ne faudrait pas qu'il s'égare. D'ailleurs, ce repère est toujours bien visible, et pourtant pas toujours montré avec évidence, ça rend le spectateur heureux d'avoir utilisé un peu son cerveau, il ne s'endort pas, et se sent malin de ne pas être perdu. Enfin, je parle de repère, mais je devrais probablement plutôt parler de diversion, un peu comme le ferait un illusionniste, puisqu’on manque bien d’autres repères.

Naturellement, on ne peut pas s'attendre à des scènes visuellement impressionnantes compte-tenu du budget du film. D'ailleurs, l'image tremble parfois, la lumière n'est pas toujours idéale et c'est en noir et blanc. Peut-être aussi parce que Christopher est daltonien, d'ailleurs. Mais l'image capricieuse de Following ne fait pas décrocher, puisque l'histoire est vraiment prenante. Le personnage de Cobb a plus d'un tour dans son sac, et n'est pas juste un cambrioleur. Il est un peu voyeur lui aussi, à sa manière. Il aime faire savoir qu'il est entré dans la vie des gens, en jouant avec leurs petites affaires, celles sans valeur. Il aime l'ironie et le montre régulièrement à Bill, en s'amusant à cacher des sous-vêtements d'un précédant vol dans l'appartement suivant, pour créer un peu d'animation dans le couple cambriolé.

Christopher joue avec nos réactions comme Cobb joue avec celles de Bill : il cherche à le surprendre, mettre des doubles sens dans ses phrases (regardez le film deux fois - au moins), et à nous faire suivre une voie pour mieux nous prendre par surprise. Et c'est complètement réussi.

Following, c'est le premier long métrage de Christopher Nolan. Que vous connaissez pour ses films suivants.

Bill et Cobb, ce sont les deux faces d'une même pièce, ce sont les deux Nolan. Le Nolan fan et inspiré : l'appartement de Bill est plein de références à Kubrick (des images de Shining sur le mur, un autocollant de Batman sur la porte de son appartement). Cobb, c'est le Nolan malin qui sait te piéger, qui a une longueur d'avance sur toi et qui t'embarque dans son jeu sans vraiment te laisser l'occasion de t'en sortir.

Following, c'est t'annoncer la couleur de ce que Nolan va nous offrir après ce film. Il nous offre des polars qui sont en mesure de nous impliquer émotionnellement, sans jouer gratuitement sur la corde sensible (Memento, Insomnia). Il veut écrire et réaliser des films pour qu'on devienne aussi fans que lui de ces personnages qu'il aime (Batman Begins, The Dark Knight, The Dark Knight Rises). Nolan joue sur l'illusion, la prestidigitation, utilise les codes du cinéma, de la narration et joue avec le temps de l'histoire pour nous coincer, pauvre spectateur sans défense (Memento, Le Prestige, Inception). Des films avec un personnage qui s'appelle Cobb (Following et Inception, du coup). Et surtout, des films qui marquent, qui font tourner le cerveau en boucle pour nous faire comprendre comment on s'est fait avoir (comme après un tour de magie), pendant qu'on calme tranquillement toutes ces émotions qui passent à travers l'image, et ça, c'est valable pour tous ses films.

Christopher Nolan, qui sait s'entourer d'une famille qui apporte beaucoup dans son travail (son frère, sa femme, en particulier), est très certainement mon réalisateur préféré. Mais pas simplement parce qu'il a écrit, produit et réalisé quelques-uns des plus gros blockbusters de ces dernières années, mais parce que c'est un réalisateur qui offre un cinéma de fan, pas un cinéma d'expert. Et que je suis un fan de cinéma, pas un expert.

dimanche, 21 août 2011

Ma part du gâteau

J'ai vu trois films de Klapisch : L'auberge espagnole, Les poupées russes et là, Ma part du gâteau. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai quelques années de plus entre chaque film, mais j'ai l'impression que le suivant est toujours moins original, moins bien construit, et qu'on voit les ficelles du scénario traverser l'écran bien trop régulièrement.

Donc la recette est assez simple : prenez un sujet assez simple (vie étudiante, mariage, choc des cultures), tartinez de bons gros clichés, rajoutez quelques pincées de situations bien-vues, et montez le tout avec une mise en scène pas nécessairement très fine, mais dont la construction est impeccable, et vraiment très bien filmée.

Donc, on plante le décor avec un trader complétement à côté de la plaque, macho, sans scrupules à ma droite. Et à ma gauche, une maman divorcée du Nord Pas-de-Calais, qui a un cœur gros comme ça malgré la détresse : l'usine a fermé, chômage, Dunkerque. Au moins, c'est cliché, mais ça sonne juste, on ne peut vraiment pas enlever ça à Klapisch. Jusque là, la recette me va.

Le jeu des acteurs est très bon que ce soit pour le duo au premier plan ou les personnages secondaires. Klapisch sait filmer, c'est pas une nouveauté, et visuellement l'ensemble est top. Vraiment, ça se regarde très bien.

Mais, là où ça coince, c'est vraiment sur le fond. On accumule les situations pas toujours très intéressantes, qui sur le fond manquent d'intérêt et sur la forme souvent de rythme. La maman est une femme entière, naturelle, simple, alors qu'il faut vraiment dérouler le personnage du trader, sinon il est creux, et ne fait rien d'autre que jouer au poker devant des courbes et des chiffres (son trader quoi). Dix minutes pour faire le tour de maman, alors qu'on a besoin de bien présenter monsieur, et son univers, qui est vraiment en dehors du nôtre. Certes, je connais mieux le concept de la vie d'une famille dans le Nord que le monde de la haute finance (et pour cause, j'ai grandi dans le Pas-de-Calais). Mais j'ai quand même l'impression que dans le camp de droite, on montre un personnage aussi superficiel que le trader veut l'être, et donc, qu'on déroule un personnage qui n'est pas complet, vraiment trop schématique et évident.

Un petit exemple pour illustrer : son collègue parle des containers, expliquent qu'ils ont révolutionné le monde, sont à l'origine de la mondialisation et des délocalisations. On te montre ça comme si c'était du discours d'expert, mais on tous eu ce discours sur les containers dans nos livres de géographie au Lycée. En fait, Klapisch bluffe, et ne connait pas mieux ce monde que moi, c'est ça, hein ?

Et ça devient vraiment lourd, quand on comprend que tout ça, ça sert à montrer que les trois filles de maman sont tristes parce que certes, maintenant Maman gagne de l'argent, mais maman n'est plus jamais là, et risque de louper le spectacle de danse de sa fille (grand rendez-vous du tout Dunkerque, d'ailleurs...). Et surtout, parce qu'il faut donner une bonne leçon à cet enfoiré de trader qui, en cliquant sur son clavier magique sur "démonte l'usine pour faire un peu de profit" (oui oui, c'est si facile, mais ça tu le vois dans la bande annonce) a foutu à genoux ces pauvres prolos qui vont franchement lui casser la gueule.

Et tout ça pour ne pas conclure, parce qu'en fait, on s’embrouille, et on ne sait plus où l'histoire veut aller.

dimanche, 14 août 2011

Super

À titre d'avant propos, ce film n'a rien à voir avec Super 8, dont je vous ai parlé un peu plus tôt. Super, c'est çà.

D'abord, il y a eu Spiderman. Le jeune trouduc' à l'air benêt qui devient un super-héros, à la suite d'un fâcheux concours de circonstances, et qui va se servir de son grand pouvoir pour prendre ses grandes responsabilités. Et pour chopper MJ. On a montré au grand public que le super-héros pouvait ne pas être super hype, avoir dix ans d'âge mental, et la maturité sentimentale d'une huitre.

Là, arrive Nolan, qui t'explique que non, un super-héros n'a pas nécessairement de super-pouvoirs. Il suffit juste de représenter "le monde réel" avec un verre déformant et polarisant sur les éléments qui nous arrangent (Bruce a quand même l'argent et l'incroyable force mentale qui remplace avantageusement le super pouvoir) pour botter les fesses du crime et de la corruption.

Ensuite, on passe directement à Kick-Ass, qui va un peu plus loin, puisqu'on casse le contexte pour quelque chose de moins générique : maintenant le Geek est affirmé, et le concept de super-héros est déjà intégré au monde dans lequel le film évolue (un peu comme si dans un film de Zombies, les gens avaient vus les Romero's et lus The Walking Dead, ou même d'autres, et donc sont pas cons, ils savent très bien qu'il faut viser la tête et pas se faire mordre). Fini le personnage hors du commun : ado mal aimé même par ses deux potes du club des nerds, qui ne choppe pas la fille, et tout ce qui va avec. Concrètement, notre super-héros est un super-loser. Cependant, Super-loser vit dans un monde où il n'aurait pas pu déposer le brevet du Vengeur Masqué, puisqu'il n'est pas le seul en ville, que la concurrence est très efficace, et qu'en plus, il y a bien le super-méchant qui va avec. Alors même en étant super-inutile, on se bat contre le crime avec l'intégralité des codes du super-héros, plus un clin d’œil sauce mise-en-abyme qui contribue franchement à rendre ce film énorme (en plus du fait que ce film est déjà énorme pour plein de raisons).

Super n'est pas la version low-budget de ceux-là, c'est un film qui prend le parti d'aller encore plus loin. Le nouveau crime-vigilenty est un loser dans tous les sens du terme : il est bête, fauché, en bas de l'échelle sociale et en plus, il se fait piquer sa femme par le Bad Boy du coin. Wait a minut... Mais cet idiot du village est quand même marié à Liv Tyler hein, c'est pas un p'tit joueur. Mais justement, elle se lasse du looser, et lui reste bien trop accroché à elle.

Donc là, c'est tellement la lose que monsieur n'a plus aucune confiance en lui : il n'ose même pas assumer l'adoption d'un lapin. Le pauvre va trouver refuge dans de la propagande pour mauvaise-bondieuserie (qui n'est peut être pas si caricaturale de que qu'on peut trouver outre Atlantique) et prendre conscience qu'il doit être un prophète des règles. Que dois-je faire ? Prier. Et là, crise de mysticisme et troubles mentaux font le reste, Super-Chrétien lui apparait dans une vision, et Dieu lui-même lui ordonne de devenir un super héros.

Je n'en dirait pas plus, car il faut maintenant voir le film et laisser la mayonnaise prendre. Mais, wahou, elle prend bien. On sait maintenant que ce n'est pas un film de super-héros, mais un film qui montre un extrait de la vie d'un psycho-socio-quelquechose-pathe. Qui combat donc un drôle de crime, avec une psycho-rigidité flippante ("il y a des règles établies depuis longtemps, c'est pas pour rien : on respecte les règles, on ne vend pas de drogue et on ne bat pas un enfant, ..."). Naturellement, tout pousse ce névrosé à rencontrer des gens au moins aussi troublés que lui, comme le nouveau mec de sa femme, un gros dealer d'héroïne (super-vilain tout désigné), une jeune fille fan de comics qui n'avait besoin que d'un tout petit coup de main pour plonger dans ce monde parallèle des super-héros (en fait, devenir vraiment folle). Et puis, sa femme non plus n'est pas nette, après tout. C'est intelligent, mature, osé et finalement, c'est une comédie qu'on a réussi à construire sur un sujet bien délicat: un sociopathe qui devient psychopathe, et perd la raison. On parle bien d'un film sur la folie. À moins que... n'est-ce pas une histoire de cœur ? L'histoire d'un homme qui veut jouer un rôle dans un monde qu'il traverse sans vraiment l'intégrer (cette scène où il demande à Dieu pourquoi il est aussi inutile : impressionnante) ?

La conclusion de cette critique comme du film laisse certainement la question ouverte. À moins que...

vendredi, 8 juillet 2011

Super 8

Nb: pratiquement garanti sans spoil, sauf le dernier petit paragraphe, et c'est un spoil gentil, bon pour "Faux raccord". Et comme tu vas aller au ciné : Ne quitte pas la salle dès le début du générique de fin !

Parallèle : j'ai utilise Google Plus en avant première (enfin, un peu avant d'autres), qui est un mélange entre Facebook, Twitter et les autres services Google (donc on reste à la maison). Imaginez que J.J. Abrams, se dise qu'il veut faire pareil, mais chez lui, enfin, sa résidence d'été (chez lui, c'est la Fox, le petit écran et le format 45 minutes, son appartement) : le cinéma. Il appelle son nouveau pote Steven Spielberg, discute un peu, et c'est gagné : mélangeons Cloverfield (du made in Abrams), E.T. (de Spielberg, mais ça tu sais) et Be Kind Rewind (Michel Gondry, qui a aussi fait Eternal Sunshine of the Spotless Mind), tu me donnes l'occasion de le voir en avant première (et en VO, bien sûr). Tu vois le parallèle avec G+ ?

Le truc, c'est que là, on te laisse pas tant en terrain connu : Abrams maintenant on connait, Spielberg, n'en parlons pas. Deux génies certes, mais qu'on finit par comprendre, même si ils savent toujours un peu surprendre. Ce que j'aime bien avec JJ Abrams, c'est qu'il a pris cette habitude, avec les séries, d'être très dense, soit dans la narration, soit dans une scène. Et ça donne d'excellents moments, comme ma scène préférée du film (la station essence) où on te met la pression avec un petit bruit de clochette (qui sonne pour chaque gallon vidé dans le réservoir), où on te frustre avec tous les outils classiques : tu vois rien, c'est flou, de l'autre côté du mur, en arrière plan, ou alors on ajoute en post-production des lumières parasites pour rappeler que le nom du film c'est "Super 8", et où on pose tous les petits clins d'œil de rigueur parce qu'on est en 2011 et qu'on connait le futur par rapport au temps de la narration (1979), et naturellement, de belles références geek, mais ça c'est dans tout le film et à toutes les sauces.

Le tout est donc fort sympathique et se consomme avec beaucoup de plaisir, même si ça manque quand même de surprise (on connait les trois ingrédients), d'autant plus que le scénario est un peu attendu, compte tenu de ce qu'on est en droit d'attendre d'un JJ Abrams, et de la claque pleine de bonne trouvailles qu'était Cloverfield. Dernier bémol, le mixage du son m'a un peu dérangé parfois : trop de sons parasites lors des scènes à effets spéciaux, ça fait qu'on décroche et qu'on s'ennuie pendant certains passages (comme l'explosion du train pendant laquelle un wagon klaxonne, par exemple...).

Mais restons sur une note positive : le film peut plaire à tous les amateurs de science fiction grand public (même si il y a un peu de sang qui gicle), et les personnages principaux sont des enfants, et franchement, pour mettre un peu de mauvaise fois dans ce billet, si après Harry Potter vous êtes convaincus que des enfants ne peuvent pas être bons au cinéma (parce que vous n'avez pas vu de bons films) allez voir Super 8. Un peu comme les Goonies, mais même mieux.

Et on finit sur un spoil : à la fin, Joe abandonne son pendentif à cause de cette super-force magnétique. Alors pourquoi le pendentif de sa copine, la blonde, qui semble être en or, n'est pas attiré, lui ?! Et sinon, des noms de personnages des séries d'Abrams se sont cachées dans le film, sauras-tu les retrouver ?

dimanche, 12 juin 2011

Unknown

Aujourd'hui on va à nouveau parler de cinéma, cette fois avec Unknown, ou Sans identité en France. Un film avec Liam Neeson.

Unknown m'était donc vendu comme le parfait mélange entre "Jason Bourne et Taken". Donc, comme je suis un fan de la trilogie Jason Bourne (chef d’œuvre du cinéma d'action et d’espionnage, du pur produit hollywoodien qui réussit à ne pas être con, trop bien !) et que j'ai trouvé Taken plutôt cliché et par moments complétement stupide (si tu veux je reviens dessus dans cinq minutes), je pense que je vais voir Jason Bourne vidé de sa substance : le rythme qui claque, le complot "en interne", le traitement ultra-crédibilisant (on veut presque la jouer documentaire avec Bourne, surtout quand Greengrass prend les commandes pour les deux derniers). En fait, je ne me suis pas trompé : enlève le cadre très clean de l'histoire Bourne (même si bon, y'a des lacunes, parfois), et remplace le par un prétexte un peu branlant avec lequel le film est construit. Oui, tu vas devoir t'y faire, même si ça sent déjà pas très bon, dès les premières minutes, tu vois à la tête de sa jolie femme que c'est louche, tout ça (mais en même temps, tu sais quel film tu regardes, alors c'est biaisé).

Maintenant que j'ai un peu cerné le produit, je modère un peu mon propos. On échappe quand même au pire : Taken utilise la traite des femmes (rien que ça) pour faire un divertissement d'action, c'est pas très fin, c'est même à peu près un sujet qu'on devrait laisser à Gaspar Noé. Là, dans Unknown, on s'en sort quand même : sans spoiler, l'intrigue est très convenue, mais on va quand même pas chercher dans le méga glauque simplement parce que comme ça Liam Neeson (qui s'en sort avec la mention "honorable" dans les deux films) va pouvoir donner quelques tatanes à des grosses brutes de l'est (si si, et dans les deux films, oui monsieur).

En clair, Unknown est très attendu, très convenu et sans grand intérêt. En plus, moi, mes enseignants chercheurs, ils ont pas l'air d'avoir le même charisme et le compte en banque que M. Martin Harris (lis le pitch du film si tu veux comprendre) et surtout, ils savent certainement pas conduire un taxi comme Jason Bourne, et ça, ça aide pas à crédibiliser le film. En fait, à force de voir des enchaînements de scènes qui font écho aux deux références citées plus tôt, on à une grosse impression de déjà vu, mais sans l’excitation que pouvait procurer les originaux. Conclusion, comme l'a très bien dit la critique d'excessif, le film est... sans identité (hohoho).

En plus, pour les trois Bourne, à l'écran, l'image est précise (la lumière, les couleurs, les plans sont maîtrisés), le traitement de l'intrigue est froid (on ne veut pas appuyer le côté mélodramatique de l'intrigue par la réalisation). En fait, on rend compte de la mécanique interne du personnage : c'est jamais de la chance, toujours du talent, du calcul, de la précision. Dans Unknown, tu sais jamais, il est fort ou juste veinard ? Si l'image doit être le reflet de la mécanique du personnage, alors ce dernier est très bien fait mais on voit que c'est de la synthèse (on a vraiment besoin de 3D pour qu'un tram et une voiture se percutent ? c'est bien trop visible), ou alors il est clairement exagéré (cette séquence quasi-finale qui devrait être dans l'obscurité, où tout ce que tu vois, c'est que la scène est tournée en noir-et-bleu, parce qu'une nuit américaine, c'est plus simple en post-prod), ou parfois, un peu kitsch (oh oui, un peu de slow-motion quand il a l'accident de voiture, j'ai bien aimé quand ils l'ont fait dans Inception -- pas besoin d'avoir une bonne raison pour faire un effet-spécial gratos).

Et puis tu te dis pratiquement à chaque séquence : "Oh eh ! Ce truc là, il l'a complétement piqué à [Jason Bourne] !" (ça marche avec beaucoup trop de films, tu peux mettre beaucoup d'autres exemples dans les crochets). En fait, on sent l'influence, et on sent aussi le manque qu'inspiration. Vraiment, sans identité tout ça.

mercredi, 8 juin 2011

Limitless

C'est le thriller du moment. Enfin, pour l'Europe, puisqu'il est sorti il y a déjà un bon moment aux USA (le 18 mars d'après Imdb). Pitch rapide : un écrivain raté et fauché qui vit à NYC tombe sur son ex-beau-frère ex-dealer qui bosse maintenant pour un laboratoire pharmaceutique et lui file, un peu comme ça pour rien, un cachet à 800$/pièce qui va lui permettre de décupler ses capacités intellectuelles grâce à une entourloupe scénaristique pseudo-scientifique quelconque. Donc plutôt que raconter ce que Limitless offre, c'est à dire un peu plus que le minimum syndical du thriller rythmé avec une histoire de drogue (rythme de fou, scènes psyché qui font mal à la tête, effets de lumière évidents, trois bastons et beaucoup de courses à pied -- en fait, la bande annonce), on va plutôt parler de ce qui manque au film, en essayant de ne pas trop spoiler.

Déjà, le potentiel d'une telle histoire est effectivement limitless : on peut pratiquement construire une histoire différente pour chaque personnage principal qu'on peut inventer. Et pourtant, on nous sert à peu près ce qu'on pouvait imaginer de plus évident, consensuel et tristement irréaliste à Hollywood : notre utopiste paumé devient un ultra-trader qui va utiliser son cerveau comme un Pipotronic pour conduire de belles bagnoles et chopper de belles grognasses grâce à sa nouvelle cagnotte. C'est quand même méga-triste que notre super auteur n'ai pas pensé une seule seconde à lutter contre le cancer (ou même le rhume), cherché un moyen de lutter contre la mortalité infantile ou même (miss-USA-style) de trouver la paix dans le monde (non non, mais c'est vraiment trop compliqué tu comprends). Définitivement, notre héros est un gros con, honteusement hypocrite tant que le capitalisme financier ne lui permet que de manger des conserves et de se faire plaquer régulièrement.

Je pense que la production voulait produire un thriller malin mais définitivement ultra-grand-public, et donc éviter de poser la moindre question susceptible de fâcher. C'est pourtant complètement idiot puisque le sujet lui-même pose déjà de très nombreuses et très vastes questions (que faire avec un tel pouvoir ? Un être humain doit-il nécessairement tricher pour être exceptionnel ? La drogue, c'est mal ou bien ?). En plus, le film prend déjà ce parti détestable de montrer un héros qui ne va servir que sa propre cause POINT BARRE, n'hésiter à prendre ce cachet, dont il ne sait rien, pendant au plus une demi-heure (soit quinze secondes de film) et encore, parce qu'il se retrouve devant une jeune hystérique.

D'ailleurs, parlons un peu de cette scène où il prend le fameux médicament pour la première fois : il se retrouve face à la femme de son propriétaire qui lui réclame le loyer du mois. Et ça l'ennuie terriblement, alors bon, pourquoi ne pas être stone ? C'est vrai, après tout, maintenant, je prendrai une amphétamine à chaque fois que mon patron me demandera d'arriver à l'heure au travail. Ensuite, le produit devient actif, et notre héros devient moins con. Oui oui, moins con : il réalise qu'en fait, la fille est en colère : Waouh ! Quelle flèche ! Il devient même tellement malin qu'il commence à se soucier de la personne qu'il a en face de lui... avant de la sauter. Bravo, ça c'est de l'achievement.

Et c'est finalement toute la ligne directrice du film : pour ne pas froisser le spectateur en lui faisant la morale (ou non), on ne dit rien, on s'abstient de tout commentaire sur l'enchaînement de faits qu'on s'efforce de suivre en se disant "Ok, passe cette histoire de toxicomanie, Ok, passe cette histoire de t'es malin donc t'es un super-trader bling-bling". Rien à ajouter.

Ah si, on évoque un minimum le manque, puisque quand il revient à la normale, notre héros tombe malade. Quand il est sous l'effet du produit, il ne pense jamais à faire un peu de reverse-engineering sur le produit pour pouvoir le fabriquer lui-même. Je me suis dit pendant tout le film : "mais quel con, j'aurais tellement pas fait ça".

En clair : bonne idée, mais on passe à côté. Je pense que si vous voulez vraiment sortir au cinéma Mercredi prochain, essayez plutôt London Boulevard. D'ailleurs, si je suis motivé, je tenterai aussi d'en écrire la critique.

dimanche, 5 juin 2011

Eternal Sunshine of the spotless mind

En 2004, Michel Gondry a définitivement mis fin à la relation déjà très superficielle que je pouvais entretenir avec la comédie romantique. Eternal Sunshine of the spotless mind m'a tout simplement montré que ce genre cinématographique pouvait se passer des ingrédients publicitaires à destination du public féminin et offrir à un tel film un fond et une forme inédite. C'était pour moi une sorte de rappel à l'ordre : le cinéma qui traite des sujets simples ne doit pas nécessairement être du cinéma facile. Je ne pense pas avoir réellement apprécié une comédie romantique depuis.

Critique de rattrapage (j'ai vu ce film en 2005 pour la première fois).

D'abord, il y a cet antagonisme avec les clichés qu'on nous sert depuis des années au cinéma : pas de grande ville, pas de robe de marque, pas de fille qui fait du shopping, pas de cheval blanc, (... - Je ne parle pas que de Sex And The City). Eternal Sunshine of the spotless mind montre ce qui ressemble le plus à ce que je connais du couple : deux personnes très différentes liés par des sentiments forts et qui cherchent à construire une histoire ensemble. Joel et Clementine (le couple) s'empoisonnent l’existence avec leurs jugements de valeur à dix balles, leur caractère de chien (une vite-fait-instable et un handicapé des sentiments, mélange détonnant !). Le propos est suffisamment juste pour qu'on y adhère avec une pensée en voix-off et cinq secondes de mise en scène. Le processus est répété régulièrement, et l'exemple que je préfère est celui où les deux dinent dans un restaurant asiatique : il pense qu'elle va devenir désagréable dès qu'elle aura fini sa bière, et elle ne manque pas de lui rappeler que les poils dans la douche, c'est pas glamour. Mon Dieu que c'est vide, mais mon Dieu que c'est aussi un peu ça, un repas de couple. Définitivement amoureux, mais définitivement loin de l'utopie du couple en harmonie (et utopie est un mot qui colle vraiment bien).

Ensuite, Eternal Sunshine of the spotless mind est un vrai film de cinéma : Charlie Kaufman (scénariste de Being John Malkovich) produit une mise en abyme/abîme complexe, casse le temps du récit et construit l'histoire sans jamais coller à un rythme donné. C'est plutôt osé, parce qu'il faut bien reconnaitre que la première fois, on y comprend pas grand-chose à moins d'être attentif aux détails (astuces ?) qui lient les différents moments du récit, et que les moins sentimentaux d'entre nous se lasseront probablement un peu vite de cet empilement de tracas quotidiens. Finalement, la richesse du film repose peut-être un peu sur certaines ficelles qui sont nécessaires pour ne pas rendre l'ensemble trop chaotique.

Enfin, le travail de Gondry, que je ne connaissais pas avant, est tout simplement génial. On a vu ce qu'il pouvait faire ensuite avec La science des Rêves et Be Kind Rewind (qui manquent malheureusement cruellement de rythme selon moi) : c'est un univers d'effets spéciaux à base de ficelles et bouts de carton, j'adore. Eternal Sunshine est un film qui a ce côté artisanal, qui rappelle l'époque où le cinéma était proche de la prestidigitation (soyons fou, faisons un rapprochement avec Le Voyage dans la Lune de Méliès puisque c'est une référence qu'on pourra à peu près tous identifier). C'est un trésor d'inventivité : Gondry a une palette d'effets visuels ultra variés et ne manque pratiquement jamais de les choisir avec suffisamment de précision pour qu'ils prennent un sens et s'attachent à l'histoire.

En conclusion, le film doit pouvoir s'acheter pour moins de 10€, et même les plus gros détracteurs de Jim Carrey (ou de la comédie romantique) devraient au moins faire l'effort de voir celui-ci. D'ailleurs, le seul autre film où j'ai trouvé Jim Carrey aussi bon, c'est The Truman Show, et on peut assez facilement faire un parallèle entre les deux films.

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