L'humeur et le blog de Martius

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi, 27 avril 2012

The Avengers

Les Avengers de Marvel sont tous réunis ou presque pour mettre en commun leurs talents (et le budget) dans le Blockbuster ultime. Marvel's The Avengers serait donc la première grosse sortie du cru 2012, il fallait aller voir ça (semble-t-il). Je n'étais pas particulièrement pressé : je n'ai pas encore vu Captain America et je n'ai pas aimé (du tout) l'horrible Thor, d'ailleurs j'y reviendrai.

Dans les grandes lignes, c'est du travail réussi : cette entreprise au moyens monstrueux a accouché d'un produit qui dans l'ensemble tient la route. L'univers de Marvel est assez riche pour nous offrir des personnages sympathiques qui évoluent bien ensemble. Le job est fait : c'est vraiment divertissant, c'est souvent drôle et parfois épique.

Par contre, il y a beaucoup de personnages, et ça implique certains sacrifices : l'histoire met du temps à s'installer et je me suis ennuyé à certains moments. En plus, Loki est un sacré conversation-jacker, et parle beaucoup pour ne rien dire. D'un autre côté, j'aurai aimé qu'on développe un peu plus certains personnages entre eux, pour donner un peu de relief à l'équipe. Cette histoire d'Avengers manque d'émotion et de saveur. Ça a un côté plat Picard : c'est beau sur la boite, c'est équilibré et plein de textures, mais le surgelé c'est globalement pas très bon en bouche. Et puis tous ne sont pas bien incarnés : la performance de Samuel L. Jackson était limite, par exemple.

Mais l'ensemble est quand même fort sympathique, et je me demande même si je n'avais pas quelques à-priori négatifs sur la relation tragique entre Thor et son frère Loki (le grand méchant de l'histoire) : il faut dire que Thor (le film) était tellement mauvais que Thor (le personnage) et son frère étaient un peu comme l'olive sur la Pizza : moi je préfère l'enlever, j'aime pas trop le goût, j'en ai un mauvais souvenir.

Mais puisqu'on va voir The Avengers pour les images, parlons-en. Parce que de ce côté, techniquement, c'est vraiment maîtrisé. Même quand c'est too-much ça reste vivable, parce que visuellement c'est équilibré et cohérent, et que les détails que j'ai moins aimé on été compensés par quelques choix de montage vraiment géniaux, surtout dans la grande bataille finale qui est incroyablement lisible compte-tenu de son apparente complexité (la 3D a certainement un peu aidé). N'oublions pas le travail des équipes techniques, qui rendent presque crédibles un truc aussi naze qu'un porte-avion qui vole et donne vie à des bestioles qui ne devraient avoir l'air cool que dans Lord Of The Rings.

Si dans le fond on frôle parfois le syndrome Transformers, sur la forme, c'est au moins inversement proportionnel et plutôt une bonne surprise. Ça sauve le film et ça le rend même sympathique même si la semaine prochaine je ne me souviendrai que des pirouettes de Scarlett Johansson.

samedi, 14 avril 2012

Shame

Shame expose pendant un peu plus d'une heure et demi le quotidien de Brandon, cadre New-yorkais qui gagne bien sa vie et qui est accro au sexe. Il est beau-gosse, célibataire et arrange sa vie en fonction de son addiction. Il est en retard au travail parce qu'il passe sa nuit sur des sites pornos, ou des magasines pornos, ou à faire du sexe avec des professionnelles, des coups d'un soir ou dans des endroits un peu bizarres. Au bureau, on a envoyé en réparation son pc rempli de malwares quelconques à force de télécharger des films pratiquement illégaux. Il se masturbe beaucoup.

Sa sœur débarque et squatte son appartement pendant quelques temps, ce qui va bouleverser ses habitudes tandis qu'il va devoir cacher son addiction.

Shame parle d'addiction au sexe de manière très crue et directe. C'est son principal intérêt et sa plus grande force : on ne peut rester sans réaction face à cet enchainement de situations. Parfois on est dérangé, un peu choqué, surpris ou en colère. On perçoit souvent l'embarras de Brandon qui tente de dissimuler sa honte. Le film se concentre généralement sur la manière dont il gère cette honte, même si on en est rarement spectateur : on ne le voit pas vraiment avoir honte, on ne le ressent pas, on sait juste qu'il est honteux.

En fait, on est généralement un spectateur un peu voyeur : on le suit, on voit ce qu'il voit et ce qu'il vit, un peu comme un reportage à la télé sans les commentaires. Pourtant, on reste très à distance de Brandon comme des autres personnages. On en sait finalement peu sur eux et ça rend Shame un peu paradoxal. Le film est souvent visuellement très attractif et le propos est puissant, mais il manque aussi parfois un peu de consistance et de relief. Finalement on reste un peu en dehors de cette histoire, pour laquelle d'ailleurs on ne trouve pas vraiment de conclusion. Il manque peut-être à Shame d'être un peu plus explicite sur toutes les autres scènes que celles de sexe...

Shame reste néanmoins un bon film qui peut devenir d'autant plus intéressant qu'il peut provoquer la réflexion et la discussion, et qu'il est très bien filmé et mis en scène.

mardi, 27 mars 2012

Hunger Games

Les Hunger Games sont des jeux annuels du cirque lors desquels un jeune garçon et une jeune fille de chacun des 12 districts du pays doivent s'affronter à mort jusqu'à ce qu'un seul survive. Nous suivons Katniss, jeune fille du district 12 (district minier très pauvre) qui va choisir de se présenter à la place de sa petite sœur.

Le film se divise en deux grandes parties : on présente d'abord l'univers dystopique dans lequel l'histoire se déroule, les règles du jeu, les principaux personnages. La deuxième partie, c'est le jeu, et la survie de l'héroïne.

Les premières minutes du film inquiètent un peu. L'univers se veut riche en détails, au prix de quelques raccourcis maladroits et petits defauts techniques qui deviennent très visibles : mixage sonore douteux, plans faibles, costumes étranges (Katniss a une jolie veste en cuir, pour une personne aussi pauvre). On se retrouve pratiquement aussi dérouté que Katniss par l'ambiance du Capitole (la capitale, riche, qui asservit les districts).

Katniss est ensuite préparée par les équipes du jeu, ce qui permet d'exposer les principes et les ficelles de la production d'une émission de télé-réalité, de montrer comme on gomme la personnalité des participants et les travestit pour qu'il ne reste qu'un trait singulier, permettant à la foule de spectateur de ne pas être trop bousculée. Si c'est rarement très subtile, c'est en tout cas efficace et plutôt prenant - comprendre : bien moins idiot que ce qu'on pouvait imaginer. Le film révèle petit à petit l'organisation des couches sociales du régime fasciste, et on s'intéresse de moins en moins à l'originalité du petit monde qu'on nous montre, mais de plus en plus au fond du propos.

Le jeu débute, et on change complètement d'univers. On découvre progressivement l'organisation des Hunger Games tandis qu'on voit Katniss luter pour sa survie. Certaines situations sont moins passionnantes, beaucoup portées sur l'émotionnel et on s'ennuie un peu. D'autres scènes donnent du relief au personnage de Katniss, qui devient peu à peu le symbole d'un message social pas si naïf. Au bout d'un moment, on oublie presque les faiblesses de la mise en scène qui disparaissent derrière ce message simple, politique et efficace. On sort de la salle agréablement surpris, et avec le sentiment qu'on a pas perdu son temps.

Hunger Games est l'adaptation du premier tome d'une saga, ce qui explique qu'on s'attarde sur certains aspects sans grand intérêt à l'échelle du film.

vendredi, 23 mars 2012

The Man From Earth

Un professeur d'histoire est réuni avec ses collègues et amis une dernière fois avant de changer de vie. Ils se connaissent depuis dix ans, et il n'a pas pris une ride. Il va leur révéler que, pour une raison qu'il n'est pas certain de comprendre, il ne vieillit pas, et estime avoir 14 000 ans. L'information, qu'elle soit vraie ou fausse, va passionner son auditoire, composé de docteurs dans plusieurs spécialités.

The Man From Earth, c'est avant tout une conversation écrite avec beaucoup d'intelligence et, certainement, de rigueur. L'homme sera d'abord questionné sur ce qu'il a vécu, ce dont il se souvient, et comment il a vécu à travers les Ages.

En enrichissant son récit d'informations scientifiques, historiques et anthropologiques, l'auteur intègre à la son propos la rigueur qui va le rendre rapidement passionnant, sans vraiment se transformer en caricature élitiste.

On cherche essentiellement à poser les bonnes questions, et être aussi exhaustif que possible. Le film n'apporte pas vraiment de réponse, mais propose de nombreuses pistes de réflexion qui font souvent mouche. Le récit est ponctué par des situations secondaires, qui permettent de prendre régulièrement un certain recul et continuer de réfléchir au thèmes évoqués : l'amour, le savoir et la connaissance de l'espèce, le sens de la vie, de la mort, la notion de famille.

L'auteur a parfois réécrit l'histoire, là où j'aurai préféré que son personnage principal en soit spectateur. C'est peut-être dommage, mais ça n'abime pas vraiment l'intérêt qu'on a pour le film.

The Man From Earth pourrait certainement être lu plutôt que vu, puisque la photographie s'efface pour laisser place à la mise en scène et à l'écriture. Il n'empêche qu'au delà de son apparente simplicité, le film pourrait faire réfléchir longtemps.

vendredi, 16 décembre 2011

MI: Ghost Protocol

Ethan rempile, à pratiquement 50 balais (on a vérifié sur wikipedia dans le bus, il est plus si jeune Tom Cruise, d'ailleurs ça se voit, parfois). Je me suis demandé si ça valait le coup : il faut dire que sur certains points, ça donnait vraiment envie. Premièrement cette idée de Ghost Protocol, c'est pas mal : tous les agents sont désavoués et se retrouvent sans rien. En théorie, on devrait avoir droit à un(e) Mission Impossible qui se rapproche du(de la) premier(ère), avec un Ethan qui doit faire avec ce qu'il a sous la main, enquêter, espionner, et être -parfois- un minimum fin.

Attendez-vous à être déçus : plus d'agence ça veut dire "plus de base de données des gros méchants". On l'a remplacé par le Lead Analyst du ministre de la défense des USA qui est aussi efficace que Chuck Bartowski et son Intersect dans la tête. Ghost Protocol ? Aucun problème : pour le reste, ils ont tout le matériel nécessaire. Savez-vous par quoi on remplace les moyens de l'agence ? Par des du placement produit ! Ethan se paye des outils très efficaces, à base d'iPhones et d'iPad et de BMW (et un peu DELL aussi). Autant dire qu'il ne manquent de rien, et que dans leur bagages d'agents désavoués, ils avaient tous les gadgets nécessaire pour éviter systématiquement le moindre contact humain. Tu sais le truc que les espions font parfois : tricher, manipuler, s'infiltrer... bah là, c'est réduit au minimum : "il y a une application pour ça".

Voilà, c'est réglé, avec tout ce matériel et cette équipe, on va avoir droit à une série de tableaux (Moscou, Dubai, Mumbai) tous franchement sympathiques, visuellement méga-efficaces et très souvent vraiment amusants. Le concept de l'épisode : ils ont tout pour réussir, mais à chaque fois, y'a une mauvaise surprise, qu'ils contourneront essentiellement grâce à la chance. Tous les gadgets vont foirer au moins une fois, où faire tomber leur couverture bêtement. Ou alors, quand les machines marchent, c'est une mauvaise surprise (genre mauvais timing) qui vient compliquer la vie d'Ethan. Alors là dessus, si on accepte de pirater un satellite nucléaire russe avec un ipad, on peut tout accepter (et surtout que ça marche pas, hein).

Par contre, à côté de ça, j'ai oublié qu'il y avait une histoire : l'intrigue est pratiquement inexistante et globalement simple comme tout. Surtout, les gentils et les méchants sont identifiés très vite, et à partir de là, on sait qu'il manque l'ingrédient secret de tout bon film d’espionnage : le mystère. On ne se pose pas, à un seul moment, la moindre question : malgré la malchance permanente de nos personnages, tout est simple et tout est réglé.

Facile, on vous dit. Alors quand on sort de la salle de cinéma, on est content d'avoir vu des jolies photos de carte postale et des jolies cascades, mais c'est un peu léger. Heureusement que c'est rigolo et bien réalisé !

mardi, 29 novembre 2011

The films of...

Un petit malin s'est amusé à compiler la filmographie de plusieurs grands réalisateurs (et aussi un studio), parmi lesquels certains que j'adore vraiment. Petite sélection.

Attention aux éventuels spoilers qui peuvent trainer (dans les videos de Fincher et Nolan). Ce sont des gros spoilers mais pas forcément très visibles.

Danny Boyle

David Fincher

Les studios Pixar

Christopher Nolan

Il y en a d'autres qui trainent sur la chaine youtube de leur auteur.

mardi, 8 novembre 2011

Electro !

Bien bien bien, après des semaines interminables de travail sans relâche, il est temps de faire un break d'environ quatre minutes pour vous révéler ma bote secrète du moment : constituée essentiellement de deux albums d'Electro, certes, assez différents. Ils ont tout de même un point commun : c'est Français. Et l'electro à la française, ça s'exporte aujourd'hui bien mieux que nos philosophes et probablement autant que notre vin. Ceci étant dit, c'est comme le vin : il y a du bon et de la piquette, voici deux bons albums, donc.

D'abord, et c'est difficilement évitable, il y a ce fameux Defiant Order des Birdy Nam Nam qui est arrivé dans mes oreilles il y a quelques semaines déjà. Alors moi, j'adore. Mais franchement, c'est probablement mon préféré de leurs trois albums (et certainement pas pour les singles potentiels hein).

Birdy-Nam-Nam-Defiant-Order.jpg

Non mais vraiment, Parache, ce titre est fou ! Et n'écoutez pas les hipsters de l'electro : c'est pas le premier album, mais c'est BON.

Ensuite, il y a Mustard Pimp. L'album est sorti pratiquement en même temps que BF3, coïncidence ? Oui, certainement. Donc cet album, No Title Or Purpose (que vous pouvez acheter pour bien peu cher sur Beatport ou l'autre de chez Apple) écoutez-le, c'est pratiquement une collection de titres qui claquent (au hasard, Money Shot, City Kids).

artworks-000012611211-1cp7gj-crop.jpg

Trouvez un extrait de leur album, de nombreux titres et remixes, des mixtapes et d'autres cerises sur leur page Soundcloud.

J'y retourne, j'ai un dossier d'architecture technique (LOL) à rédiger.

mercredi, 5 octobre 2011

Drive

Il y a encore quelques semaines, je n'avais pas entendu parlé de Drive. N'étant pas un adepte de la masturbation intellectuelle des festivals de cinéma comme celui de la croisette, j'avais évité d'entendre parler du "prix de la mise en scène à Cannes". C'est un peu par hasard que je suis tombé sur un article de blog qui parlait du film.

Il y a encore quelques semaines, si on m'avait dit que j'associerai crissement de pneu et poésie dans un billet au sujet d'un film, j'aurais certainement eu beaucoup de mal à y croire. Et on y est presque, c'est pour l'un des paragraphes qui va suivre.

D'abord, il y a cette mise en situation toute simple : Los Angeles, un jeune conducteur doué, à l'instinct bien rodé, et malin. Il parle peu, il veut être efficace. Jusque là, c'est joli, c'est simple, et le rose/mauve des titres tranche net avec les deux couleurs ultra-dominantes du film (et du cinéma ces dernières années).

Il y a cette mise en scène qui prend son temps, qui pose les choses, et qui se balade au son de la musique du film, qui te berce bien tranquillement. Et puis l'histoire se met en place, les personnages, la jeune, jolie et toute frêle voisine qui a un petit souci avec sa voiture. Drive parle un peu de voitures, un pas mal des mafieux du coin, mais surtout d'un gentil gars qui tombe amoureux. Enfin, je dis "parle", mais on entend pas beaucoup le son de leurs voix, au chauffeur et à la voisine Irene.

Et très rapidement, on comprend que l'essentiel de la force du film, c'est bel et bien la fameuse "mise en scène" : en jouant avec quelques regards, quelques gestes et quelques expressions sur le visage des comédiens, l'essentiel de la situation passe, et le moindre mot prononcé devient inutile. Ensuite, on va jouer sur le rythme pour être certain que tout passe. C'en est tellement reposant que ça en est souvent troublant.

Et puis il y a ce chauffeur, qui par la force des choses, et parce que c'est un mec vraiment bien dans le fond (et certainement aussi parce qu'il a été, d'une manière ou d'une autre, influencé par Taxi Driver, comme le réalisateur, si vous voulez mon avis) va se transformer en quasi-héros. Ou plutôt en être humain, en vrai (c'est le refrain en boucle du thème principal du film). Son arme, c'est essentiellement sa voiture, naturellement. Et quand l'artiste pilote, c'est pratiquement magique, mais surtout, c'est incroyablement loin de toute esbroufe : le spectacle n'est jamais là gratuitement, et c'est un vrai luxe dans un film qui veut montrer de la taule qui se froisse.

Bon, je n'ai pas dit que les crissements de pneu étaient poétiques, mais franchement, parfois, quand il tourne son volant, j'ai vraiment trouvé ça beau. En vrai. Attention, ce n'est pas parce que c'est bucolique que c'est chiant. Sans même avoir besoin d'afficher une arme à l'écran, sans même avoir besoin de filmer un braquage, et par au moins deux fois, simplement en filmant l'attente, le film fout une pression monstrueuse. Et de toute façon, le bain de sang arrive toujours tard, et il est tellement violent qu'on arrive pas à se calmer entre deux sueurs froides.

Un film qui m'a séduit !

mardi, 20 septembre 2011

Attack the block

Attack the block est un film dont la bande annonce m'a franchement induit en erreur : nouveau film "par les producteurs de Shaun Of The Dead", avec Nick Frost régulièrement à l'image (l'un des membres du duo de Shaun Of The Dead, Hot Fuzz et plus récemment Paul). Je pensais voir une comédie bourrée de références au genre du cinéma qui y est traité (les aliens qui bouffent des gens). "Alors déjà non", comme dirait mon ami Paul. Attack the block est, euh, un film d'Aliens assez classique, qui a pour principale originalité de se situer dans une cité HLM londonienne. Effectivement, ça n'avait pas été fait à ma connaissance.

Alors, de ce côté là, c'est plutôt sympathique, si on arrive a accepter le langage argotique et l'accent parfois difficile (impossible ?) à décrypter pour un francophone de principaux protagonistes (c'est pratiquement comme montrer Bienvenue chez les ch'tis à un anglophone qui a fait français LV2). Le film est joliment mis en scène, l'action plutôt fun et l'heure et demi passe plutôt vite. Placer le film dans un environnement complétement inhabituel pour ce genre de film donne doit à quelques originalités qui donnent un peu de charme à certaines situations, comme l'utilisation d'armes inhabituelles, les fuites en scooter de livraison de pizzas ou les cachettes dans les poubelles. Youpi ! Mais au delà de ça, il faut bien admettre qu'on se retrouve avec un produit qui n'apporte pas grand chose de plus. Alors bon, on ne risque pas de louper grand chose si on manque ce film.

Un truc m'a quand même un peu chiffonné, dans Attack the block : la bande de p'tits cons qu'on va suivre, il commencent par racketter une pauvre voisine (ils s'excuseront ensuite, parce qu'ils ne savaient juste pas qu'elle habitait dans le quartier), casser des trucs, et faire les casseurs à la con. Bon, moi ça m'égratigne un peu quand on film ça sans autre justification que "ça représente une certaine réalité, hein ?".

Histoire de pas prendre de risque, on colle vers une heure de film un petit "toutes vos conneries entrainent des conséquences, et si les aliens vous attaquent, c'est parce que vous avez fait les cons". Et c'est tout !

Bon, c'est probablement pas nécessaire d'ajouter au film la dimension politique/sociale de La Haine (M. Kassovitz au cas où), mais là, c'est complétement absent. Tellement absent que ces anti héros plutôt rigolos banalisent un peu trop les petits actes de délinquance du début du film à mon goût.

Pour faire court : c'est sympathique, mais sans grand intérêt.

lundi, 19 septembre 2011

Pour elle

Pour elle est un thriller français de Fred Cavayé sorti en 2008 et dont le remake américain (The next three days, avec Russel Crowe) est sorti en DVD/Bluray il y a quelques mois. J'ai vu le remake avant l'original, que j'avais honteusement ignoré parce que français. Terrible erreur.

Tu ferais quoi toi, si ta femme était condamnée à 20 ans de prison, après avoir tenté tous les recours que la justice te donne ? À cette question que je ne m'étais jamais posée, Pour elle propose une réponse : l'aider à s'évader, tout faire pour la récupérer. C'est une erreur judiciaire, on le sait : elle n'a pas tué sa patronne, avec qui elle s'était disputée violemment plus tôt, même si les éléments de preuve sont contre elle.

Il faudra à Julien trois ans pour passer à l'acte et tenter sa chance. Le film raconte ces trois années, en trois étapes.

D'abord, Julien n'est jamais fataliste. Il va se battre avec les moyens qu'il a : trouver l'argent qu'il peut pour payer les frais de justice, un détective privé pour effectuer une contre-enquête. Malheureusement pour eux, ça ne suffira pas. Rapidement l'idée va s'imposer à Julien : il va devoir franchir la ligne jaune et la faire s'évader. Il sait qu'il n'a pas d'autre alternative, et ne perdra pas son temps à en trouver.

La volonté de Julien est assez impressionnante : il va naturellement continuer à s'occuper de son fils, travailler (il est professeur de français au lycée), et choisir de se concentrer sur ce qui compte pour lui. Le film ne le dit pas, mais j'imagine que Julien aurait pu choisir d'attendre, s'enfoncer un peu dans sa situation, se rapprocher d'associations d'aide aux pères célibataires, aux victimes d'erreurs judiciaires, et j'en passe. Il aurait probablement pu apprendre à se passer de sa femme.

Une fois que Julien est certain qu'il va franchir la ligne jaune, il va s'organiser. Monsieur tout le monde n'a pas un pied dans le grand banditisme, et franchement, quand tu veux faire évader quelqu'un de prison, tu sais que tu n'auras qu'une seule chance. Alors comment on fait ? On se renseigne, on cherche sur internet, on lit des bouquins de taulards ou ex-taulards. Par tâtonnements, il va avancer dans son entreprise, utiliser son culot et forcer la chance. Après, les choses vont s'accélérer jusqu'au point de non retour. Je vous laisse découvrir ça.

De nombreuses questions sont posées ou suggérées, et Fred Cavayé va soigneusement éviter de jouer sur la corde sensible ou d'apporter des réponses évidentes et un peu bancales. On parle de la famille de Julien, de la difficulté qu'il va avoir à les quitter, à ne rien leur dire. On évoque aussi le fait qu'il peut finir par rencontrer quelqu'un d'autre et refaire sa vie avec une autre femme,

On reste accroché à ces personnages et cette histoire parce qu'elle sonne juste du début à la fin. Les raccourcis sont vraiment peu nombreux et l'ensemble est bien dosé en hasard, chance (ou malchance). Et si ça passe si bien, c'est clairement aussi grâce au travail des acteurs, Vincent Lindon en tête.

Au passage : super le petit clin d’œil d'Olivier Marchal.

jeudi, 15 septembre 2011

Wall-E

L'été 2008 a été complétement fou. Il y a eu The Dark Knight, et il y a eu Wall-E.

Je me suis toujours imaginé Andrew Staton, qui a eu l'idée de Wall-E en 1994, attendant le bon moment pour vendre son projet à la direction de Pixar. L'idée de Wall-E est arrivée assez tôt (en 1994), et pourtant, la production du film a débuté beaucoup plus tard. Il est possible qu'un tel projet n'aurait pas pu naître dans un autre studio que Pixar, car je me demande bien quelle aurait été la réaction normale d'un patron de studio d'animation qui a Disney pour principal client, qui vise généralement un public jeune quand on lui aurait parlé d'un tel projet.

Wall-E, c'est un robot, qui ne parle pas, et qui est seul sur Terre. Son rôle, c'est de nettoyer la planète, laissée dans un sale état par les humains qui ont préféré prendre la tangente. Wall-E est un film, pour tous les publics (ça veut dire, aussi pour les enfants) et pratiquement sans paroles. Sacré pari que celui de ne pas ennuyer le spectateur sans dire un mot.

C'est un pari intégralement réussi. Pratiquement pas un mot ne sera prononcé, pourtant, Wall-E n'est pas sans dialogues. L'essentiel passe par l'image et pas mal par le mixage sonore. On savait que les animateurs de Pixar savaient personnifier pratiquement n'importe quoi après avoir vu l'exploit réalisé avec Cars, mais les robots de Wall-E n'ont pas droit aux artifices de la parole pour communiquer leurs émotions. Les animateurs ont utilisé une incroyable palette d'artifices pour développer un ensemble d'émotions soignées dans les moindres détails. Le résultat : on s'attache à toutes ces petites créatures comme si elles étaient nos animaux de compagnie.

Wall-E passe son temps dans un montagne de déchets. Il est curieux de tout et s'émerveille d'un briquet, d'une fourchette ou d'un grille-pain. Nous, on s'émerveille à chacune de ses trouvailles, qui révèlent des trésors d'écriture et des gags simples et ne sont pas seulement amusants : ils sont si joliment naïf qu'ils touchent la corde sensible et font écho a des tonnes de petits éléments de la vie quotidienne, à chaque fois ça marche.

Le génie de Wall-E, c'est aussi d'avoir réussi à rendre pratiquement invisible la complexité du travail visuel : le travail est monstrueux, l'animation magnifique, et le rendu parfois plus vrai que nature. On ne se rend pratiquement pas compte que les animateurs ont pris le parti de reproduire le comportement d'une caméra : par exemple, certains mouvements imitent la caméra a l'épaule, la profondeur de champ est calculée. Wall-E est un vrai film de cinéma, et se gave de références en tous genres : de la science-fiction bien sûr, l'animation traditionnelle également, mais aussi à du Chaplin, au films romantiques, et j'en passe (parce qu'en plus, je ne suis pas bien placé pour en parler).

Je ne pourrais probablement pas trop vous parler de toutes ces références à la peinture que l'on peut voir pendant le générique (aussi travaillé que le film, c'est géant !). Par contre, les références un peu geek, plus ou moins discrètes, je n'en parle pas pour ne pas gâcher la surprise (au hasard, Pong, le son de démarrage d'un mac, Spoutnik, ...).

Avant même que l'on s'intéresse à l'histoire du film, le film a une identité super complète. C'est lyrique, c'est beau, c'est touchant, et c'est merveilleusement bien écrit. On pourrait s'arrêter au quarante premières minutes et déjà hurler que Wall-E est un chef d’œuvre.

Même si, une fois que Wall-E est parti dans l'espace, la narration redevient plus classique, il n'empêche que je suis resté émerveillé par un robot qui joue avec un extincteur, ou un autre incroyablement maniaque. Finalement, l'histoire est presque anecdotique, même si ce petit pamphlet contre la fainéantise et le gavage sans effort est loin d'être sans intérêt.

Wall-E, le petit robot laissera des traces sur son passage, et vous n'oublierez pas ce merveilleux film de si tôt. Côté cinéma d'animation en images de synthèse, la barre est placée sacrément haut, et pour l'instant, seul Pixar est en mesure de maintenir ce niveau d'inventivité et d'originalité.

mercredi, 14 septembre 2011

Une pure affaire

David est un avocat bien gentil, du genre trop bon trop con, marié à une femme qui se fait virer pour avoir une trop grande gueule (et de toute façon, son job était sans grand intérêt et peu gratifiant, c'est la maman...), le couple a deux enfants. Ils vivent pas mal, mais s'ennuient. Et ils font une petite crise de la quarantaine qui prend une drôle de tournure quand David, sorti promener le chien, tombe sur un sac contenant de la cocaïne en grande quantité. Plutôt que de s'en débarrasser, David envisage de faire quelques livraisons après le boulot, histoire de mettre du beurre dans les épinards.

Bien sûr, il ne tarde pas à devoir dévoiler son jeu à sa femme, qui s'inquiète beaucoup de son petit manège pas très discret. Les deux rentrent donc dans la course.

Le couple est attachant : pas bien méchants, ils ont un peu de mal à s'organiser et sont vraiment naïfs. Du coup, toute cette aventure reste légère, jamais pressante et plutôt conviviale. On s'amuse bien en famille, c'est rigolo, et on ne manque pas de faire quelques blagues de situation qui passent plutôt bien.

Par contre, ils sont naïfs mais en plus, ils ont beaucoup de chance : un super méchant qui a pris des cours de méchant en regardant des films de gangsters les retrouve, et veut récupérer son bien. Il est effectivement très antipathique mais finalement pas bien violent, et ne convainc finalement personne, à part le couple qui se retrouve contraint de continuer à dealer, alors que toute la famille est au courant.

Les situations présentées dans le film sont drôles, pas trop mal vues mais très souvent bien trop consensuelles : on ne prend pas de risque à l'écriture et on reste sur un ton définitivement léger. La drogue c'est mal, mais là pas trop, en fait, parce qu'on s'amuse bien à en vendre, et puis c'est pas si dramatique : une petite crise à la maison ça arrive souvent - et pour moins que ça. On évite soigneusement toute réflexion morale ou analyse sociale, pour être certain de ne pas dire de bêtise, et de ne pas se tromper de registre.

On regarde donc ce petit film qui ne fera que passer, dont on ne retiendra pas grand chose, mais qui reste malgré tout drôle et sympathique (on ne s'ennuie quand même pas, c'est le principal).

mardi, 13 septembre 2011

Shutter Island

Shutter Island fait partie de cette catégorie de films qui nous offre très régulièrement une pièce qui vaut le coup d'être regardée : le thriller à huis clos où le personnage principal se fait tyranniser par son entourage. L'un de ceux dont je me souviens le mieux dans cette catégorie, c'est probablement Les Autres, avec Nicole Kidman, qui offrait un twist très élégant.

Shutter Island est une histoire avant tout intéressante, qui se joue en plusieurs actes et qui ne dévoile son jeu que progressivement : si on installe très vite le décor, les murs de l’hôpital psychiatrique dans lequel le Marshall DiCaprio est envoyé ne vont certainement pas révéler immédiatement tous ses secrets. Le Marshall non plus d'ailleurs, qui semble s'intéresser à l'ensemble de l'établissement, et pas seulement à ce cas de disparition mystérieuse d'une patiente. Shutter Island est une histoire de violence et de secrets : pour comprendre les mystères de l'île, il faudra être patient et analyser finement la situation, rester sur ses gardes, comprendre qui est vraiment l'ennemi. Le Marshall sait s'y prendre : il est instinctif, minutieux et redoutable. Mais il a ses faiblesses, et l'ennemi va s'en prendre à lui bien plus violemment que physiquement. On en doutait déjà plus : Di Caprio  montre une fois de plus qu'il est vraiment un acteur brillant, et on se prend à s'attacher au personnage qu'il incarne bien vite.

Le film ne se contente pas d'adapter le livre. Scorsese lui offre une véritable identité, composée d'un beau mélange de genres : polar, thriller (bien sûr) et parfois quelques emprunts malins au drame. Le film joue habilement sur plusieurs tableaux et se permet d'être intelligent en plus d'être efficace. Chaque plan agrège des références à d'autres images, des codes de styles et des idées originales. Chaque image offerte par Scorsese est infiniment riche et sert continuellement le récit. L'histoire et l'image sont fortement liées. Elles communiquent entre elles, et donc donnent à voir un spectacle tout à fait cohérent, l'esthétique géniale du film travaille vraiment à l'impact affectif du récit.

Mais l'image et l'histoire ne jouent pas en duo : le son entre aussi dans le jeu, et on se paie le luxe d'intégrer la musique à l'histoire et à l'image, et de ne pas utiliser la moindre pièce musicale inédite. Rien n'a été composé pour le film, et pourtant, on a du mal à y croire.

Le résultat est sans appel : Shutter Island est une œuvre complexe et puissante, que l'on voudra revoir pour en comprendre tous les aspects. Et c'est d'autant plus difficile d'écrire une critique quand on ne veut pas les dévoiler. Mais si je peux prendre le risque d'en dire un peu trop : Shutter Island brise le cœur plus qu'il ne vous brisera le cerveau.

lundi, 12 septembre 2011

Insidious

Dalton (oui oui, c'est son nom) tombe mystérieusement malade après que toute la famille a emménagé dans une nouvelle grande maison un peu flippante. Dans cette nouvelle maison, la maman fait l'expérience de quelques bricoles pas très nettes et pas franchement rassurantes. La maison est hantée ou le môme est possédé ? Difficile à dire.

On peut dire qu'Insidious est un film en trois parties. La première, c'est l'horreur des scènes vides d'intérêt et d'une mise en place tout à fait bancale et superflue des personnages. Un classique du film d'horreur, semble-t-il. Donc au début, il ne se passe absolument rien et en plus, c'est désagréable : qu'est-ce qu'elle est agaçante, cette maman qui ne fait pas attention à ses gosses, qui passe des coups de fil administratifs plutôt que les préparer à aller à l'école alors qu'elle ne travaille pas... Bref, du remplissage pratiquement risible.

La deuxième partie, c'est le corps du film. Le jeune garçon tombe malade : les problèmes commencent à apparaître. L’extrême intérêt de cette partie, c'est son efficacité redoutable. Franchement, on flippe vraiment. Tous les codes du genre sont déployés à une vitesse incroyable, au prix d'une légère confusion parfois, et le moindre filon exploité l'est jusqu'au bout. Quand t'es spectateur, tu t'attends certainement pas à ce que ça monte si vite en pression, car le propre du film d'horreur, c'est de savoir la ménager et appuyer là où ça fait mal, par petites touches.

Cette fois on y va pas avec des gants, et cette conjugaison d'effets et ce matraquage parfois un peu grossier sont définitivement efficaces. On est pas loin d'un Paranormal Activity condensé en une trentaine de minutes. Vraiment, tout est là. À croire qu'une telle concentration d'efficacité ne pouvait pas durer, et doit mener à cette troisième partie.

La troisième partie c'est l'horreur du conventionnel. Ce qui fait peur dans le film d'horreur, c'est quand tu ne sais pas ce qu'il se passe, et surtout, quand les personnages n'ont aucune issue. Les personnages sont pris au piège, et le spectateur n'a que deux options : arrêter le film ou attendre la fin. Insidious, après avoir été génial, se plante là complétement. Franchement, pourquoi les ghost-busters débarquent aux deux tiers du film ? C'est pratiquement changer de film. À partir de maintenant, on donne des explications, des méthodes pour s'en sortir, et surtout, on évalue les risques ! Autant dire : "au pire, voilà ce qu'il va se produire - c'est donc ce qui va se produire". On passe de mort de peur à mort de rire. Cette histoire de fantômes n'a plus beaucoup d'intérêt, on veut juste la terminer.

Si on doit résumer Insidious, il suffit d'un mot : classique. Tous les codes sont là, et ils sont parfois maniés avec un véritable talent, et parfois, pas du tout.

mardi, 6 septembre 2011

Black Swan

Si ce film est bien le Black Swan, alors toi, spectateur, tu es définitivement le cygne blanc, fragile, et tu luttes pour te maintenir dans un état stable, et maîtrisé. Ce Black Swan ne te laissera aucune chance de t'en sortir indemne, et tu le sauras dès la scène d'ouverture, qui te plonge à peine après un écran titre au cœur du propos : une scène, un ballet, un cauchemar.

Black Swan n'est absolument pas un film sur l'univers de la danse et des danseuses, les violences qu'elles s'infligent les unes aux autres, l’extrême difficulté de ce métier. C'est un film sur la danse : la chorégraphie, le corps de la danseuse, son art et son implication. La différence peut paraître subtile, mais implique la quasi disparition à l'écran de la troupe pour se concentrer sur Nina (Natalie Portman), la nouvelle Reine.

On ne regarde pas un film, mais un ballet, intégralement. La caméra est pratiquement toujours à l'épaule, suit les mouvements des acteurs constamment présentés dans des plans serrés. La chorégraphie de la caméra est d'une précision époustouflante et ses mouvements complexes. On peut apercevoir la quantité de travail nécessaire pour obtenir une telle image en comptant le nombre de miroirs dans le champ, ils sont omniprésents. On les filme même pour troubler la lecture des scènes au spectateur (vous allez passer du temps à vous demander si cette griffure est sur l'épaule gauche ou droite de Nina).

Les miroirs renvoient constamment à l'idée maîtresse du film : le seul ennemi de Nina, c'est elle même, sa fragilité et sa quête de perfection. On ne voit qu'elle et on la voit même plusieurs fois sur une même image. Si elle a peur de se faire voler le rôle par le cygne noir, ça n'est rien à côté de la violence qu'elle s'inflige. Tout ça résonne naturellement avec ces notions de sacrifice et d’abnégation, la mise en retrait de tout le reste sauf cette quête du sommet, de la perfection.

Black Swan nous plonge avec une effrayante efficacité dans un univers intensément violent, en permanence. Et le plus déroutant, c'est que Darren Aronofski y parvient avec des artifices particulièrement simples. La force du film est construite autour d'idées et d'images simples, mais frappantes - fracassantes, même. La vue de ces corps en souffrance, celui de Nina en tête, bien sûr, m'a rendu pratiquement malade. Malade et mal à l'aise, car ces corps servent à danser, mais aussi à avoir des rapports sexuels, qui deviennent de véritables agressions. On devient franchement obsédés par Nina, comme tout le monde : le chorégraphe, la costumière, la kiné et les spectateurs venus admirer la nouvelle tête d'affiche.

L'omniprésence de Natalie Portman nous ferait presque oublier la qualité des seconds rôles : Thomas (Vincent Cassel), Lily (Mila Kunis), Beth (Winona Ryder) et la mère de Nina (Barbara Hershey), qui témoignent de la puissance de cette histoire démentielle. Vincent Cassel, qui m'avait franchement énervé dans Mesrine (le personnage, c'était Mesrine ou Cassel ?), est ici génial, et s'efface vraiment derrière son rôle.

Le film est un ballet. La musique du Lac des Cygnes, retravaillée par Clint Mansel est géniale, et le mixage sonore aussi précis que l'image, et c'est bien normal compte-tenu de son importance.

Le cygne blanc ne peut pas résister bien longtemps face au déploiement de forces mis en œuvre dans Black Swan. C'est un film extrêmement complet qui parvient en plus à être accessible, même si la danse, c'est pas ton truc. Vraiment c'est un chef-d’œuvre. Vous devez le voir. C'est Requiem For A Dream, mais dix ans plus mature, The Prestige, mais qui remplace l'art de l’illusionniste par l'art du danseur.

Merci à Corentin de m'avoir offert le film !

lundi, 5 septembre 2011

Repo Men

Repo Men est un film d'anticipation pas bien vieux, qui met en scène Jude Law et Forest Whitaker dans le rôle de deux employés d'une compagnie de bio-technologies qui conçoit et vend des organes de synthèse à utiliser pour les greffes. Cette entreprise doit jouir d'une influence assez impressionnante puisqu'elle est en mesure de récupérer ses produits sur les mauvais payeurs, sans véritable contrainte légale (remplir un formulaire et demander au mauvais payeur si il veut être conduit à l’hôpital après le prélèvement). Nos deux personnages font partie d'une équipe de récupérateurs, qui ressemble plutôt à une milice qu'autre chose puisque naturellement, les mauvais payeurs vont tout faire pour leur échapper.

Bien sûr, Jude Law va voir son job avec une toute autre perspective le jour où il se retrouve lui-même avec un cœur artificiel.

On peut au moins retenir un bon point de Repo Men : il est constant, constamment plutôt médiocre.

L'entreprise est à l'image de ses protagonistes et de la société futuriste représentée : extrêmement cynique. Le ton du film en découle donc, puisqu'on baigne dedans. Par contre, on ne peux pas dire que ce soit très fin, c'est même excessivement grossier. On voit un commercial utiliser trois phrases d'accroche pour faire signer n'importe qui ("Votre famille le mérite" - avec un financement intenable), les "repo-men" partent en chasse aux mauvais payeurs comme les milices fascistes partent en guerre contre les mexicains dans Machette (troisième degré en moins) et on trouve bien peu de gens pour s'offusquer de toute cette cruauté d'une manière qui ne soit pas intégralement hypocrite. Oui, parce que bien sûr, il existe un marché parallèle qui profite à de nombreuses personnes, mais on casserait bien la gueule des "repo-men" pour de bien pures considérations militantes. Oui oui. Et puis madame Law, qui tolère bien mal le métier de son mari, tolère plutôt bien son salaire.

Voilà, côté contexte et personnages, on part sur une vaguement bonne idée, un second degré plutôt mignon, mais on a bien du mal à arriver quelque part, et ça stagne dans un univers qui sent le pas-fini.

du reste on cumule l'absence intégrale de surprise, un manque de réalisme probablement volontaire et une mise en scène sans franchement de saveur (et ce rythme, aïe aïe). Au moins si tu aimes voir du ketchup à l'écran, tu seras servi. En plus, les chorégraphies martiales sont bien meilleures que celles d'un Resident Evil, par exemple. Oh, zut.

Et puis, il y a cette fin, tellement évidente (tu sais très bien que ça se terminera comme ça après la quinzième minute du film, quand ils te glissent d'un seul coup cette histoire de nouveau produit qui arrive là, comme ça, pour rien et venu de nulle part). Cette fin qui arrive comme pour te dire qu'en fait, ils avaient une bonne raison de se lâcher et pondre un film aussi inabouti et inconsistant. Le contraire d'un Minority Report, ou d'un Children Of Men, en somme, pour parler de quelques films d'anticipation.

Premier long métrage de ce réalisateur, semble-t-il. J'espère que la prochaine fois, il aura la chance de travailler sur un scénario un peu plus intéressant. Parce que là, vraiment, j'ai eu du mal à accrocher.

vendredi, 2 septembre 2011

The Company Men

The Company Men est LE film américain grand public de cette année qu'il faut voir pour briller en société. C'est LE film qui remet les pendules à l'heure, qui explique à tous les américains qu'il y a une justice sociale. L'histoire d'un "American Dream" en deux volets.

On est dans une grosse boite, le succès à l'américaine. Des diplômés classes, qui ont bien réussi leur vie. La middle-class américaine "plus plus". Mais d'un seul coup, c'est la crise économique, et tous, un par un, vont se faire dégager, du bas vers le quasi-sommet de la hiérarchie de l'entreprise. Autant dire que Ben Affleck va devoir changer de voiture, et remplacer la quatre-roues motrices par une Toyota Prius.

Ce qui est bien, dans The Company Men, c'est qu'on ne filme pas la misère clientéliste. On aurait pu te filmer Flint triste, avec ses industries en friche et ses chômeurs au bout du rouleau. Mais laissons ça à Michael Moore, s'il vous plait. Ici, un peu de justice ! La classe moyenne en prend pour son grade, enfin !

Ce qui est pratiquement génial avec ce film, c'est qu'il est suffisamment juste pour qu'on rentre dedans. L'ensemble est cohérent et tenu, à l'instar des personnages qui évitent généralement d'être une caricature d'eux mêmes, la réalisation est tout à fait correcte et le jeu des acteurs est bon. Il faut dire qu'on passe pratiquement deux heures en compagnie de grands (Ben Affleck, Tommy Lee Jones, ...).

La force de frappe du film, c'est d'aller à contre courant de la stigmatisation d'une catégorie sociale (et, aux États-Unis, généralement raciale aussi). Après tout, si dans un premier temps on a envie de se dire que Ben n'a pas à se plaindre et que se passer de la Porsche et du Barbecue c'est pas un gros sacrifice, on rentre rapidement dans le cœur du problème : la crise de l'emploi chez le jeune-cadre-dynamique, c'est aussi une crise d'identité. Le retour de bâton est proportionnel à ta dépendance à ton status social. Autant dire que dans notre petit environnement post-industriel, tertiaire et de fortement qualifiés, c'est la drogue à laquelle on roule tous. On se scandalise en entendant "I need to look successful, I can't look like another asshole with a resumé.", mais on sait tous que c'est aveu qu'il fait à sa femme, avec qui la relation se tend.

En plus de subir l'humiliation face à ses paires jeunes-cadres-dynamiques (qui ont encore la chance d'avoir du travail), Ben à peur de perdre sa place de père de famille, devenu incapable de maintenir le niveau de vie auquel il a habitué son foyer. On est à deux pas de la perte de la virilité, c'est déjà Maman, avec son job d'infirmière, qui maintient les têtes hors de l'eau.

Même si la priorité est donnée au drame familial du chômage de M. Affleck, The Company Men ne se prive pas de montrer que même si, sur la forme, le contexte économique post-crise touche différemment selon le rang social, le fond reste le même, et passer du niveau 10 au niveau 5 ou du niveau 5 au niveau 0, c'est peut-être mieux d'être encore au 5e, mais tout le monde s'est pris un "-5" dans l'estime. Les dégâts sont là. Il en reste qu'à 5, il te reste ta famille, tes compétences et un place dans le graphe social, à zéro, il te reste de quoi acheter une corde et trouver une poutre.

Ces Company Men ont donc une limite : celle de leur public. La catégorie socio-professionnelle la plus à même d'aller voir un tel film, c'est bien celle qui est montrée en priorité. On n'ira donc pas jusqu'à prendre le risque de les froisser, et on ne prendra pas non plus le risque de pousser le message politique plus à gauche qu'un simple "les lois de l'économie et de l'entreprise, le capitalisme quoi, ça peut faire des dégâts". Et de terminer le film par une note d'espoir bien facile : le rêve américain, c'est aussi être entrepreneur, et se prendre en main. Pas la peine d'attendre que ça vienne : c'est à toi de créer l'opportunité. C'est dommage, car Ben Affleck est du genre démocrate convaincu et affirmé, et parler un peu plus de rapport de force, d'équilibre social et de la pression du courant libéral aurait permis au film de montrer qu'il a du cran, et de grimper d'un rang dans la hiérarchie des films.

mercredi, 31 août 2011

Pirates des Caraïbes 4

Encore un Pirates des Caraïbes, ah bon. Je n'ai pas été convaincu par la première trilogie (le troisième épisode était incroyablement mauvais), même si le concept semblait assez prometteur. Bon point pour le nouveau, le couple Knightley et Bloom disparait de l'écran au profit d'une nouvelle équipe, je n'aimais pas beaucoup ces personnages, à vrai dire.

Quatrième épisode, autant dire qu'on navigue en eaux connues, et plutôt calmes. Ne vous attendez pas à la moindre surprise côté scénario : le tout est plutôt téléphoné et linéaire. Dans l'épisode précédant, les auteurs avaient cru que pour éviter un scénario creux, il fallait en mettre partout, on y comprenait plus rien. Là, c'est bon. C'est simple : trois bateaux, trois équipes, une destination : la fontaine de jouvence, le premier arrivé a gagné.

Cette épisode gagne, en contrepartie, de la substance dans les situations, et on le voit surtout dans le premier quart du film, quand les pirates sont encore sur la terre ferme (Jack Sparrow qui rencontre le roi de Grande Bretagne, ça donne une scène vraiment géniale).  On perd un peu le fil après, et on se demande bien pourquoi, là, en plein milieu, Sparrow arrive avec un cochon, qui sort d'on ne sait où. À l'échelle du film, tout ceci se traduit par moins d'effets spéciaux numériques, un côté un poil plus authentique (si on peut parler d'authenticité), et surtout, Sparrow est nettement moins agité, et franchement, moi, ça ne me manque pas du tout.

Ah mais oui, le film était projeté en 3D, j'avais oublié - je l'ai vu en 2D, et il me semble que dans l'ensemble, c'est encore bien accessoire.

Il n'y a pas beaucoup plus à dire sur le film, qui ne m'inspire pas beaucoup tant il n'y avait rien de nouveau là dedans. Au moins, on est pas trop pris en défaut et on sait ce qu'on va voir, et on en a pour son argent. En tout cas, c'est bien meilleur que l'épisode 3.

lundi, 29 août 2011

X-Men: First Class

Bryan Singer avait lâché les X-Men après le deuxième volet. Ce fût terrible pour la franchise puisque les deux épisodes suivants (The Last Stand et Origins: Wolverine) étaient pratiquement catastrophiques. Après un détour par Superman, Singer revient à la production, et confie la réalisation à Matthew Vaughn, qui m'avait foutu une grosse claque avec Kick-Ass. J'étais à deux pas de dire que X-Men, au cinéma, c'était fini pour moi, mais Marvel semble avoir mis le paquet pour me faire changer d'avis. Il faut dire aussi que Bryan Singer a réalisé l'inoubliable Usual Suspects et a longtemps participé à House (la série), de quoi donner envie, en fait.

Ce nouveau X-Men est en fait un reboot donc. Technique utilisée chez Marvel depuis toujours pour dire "on prend les mêmes, et on recommence, parce qu'on va pas changer une équipe qui gagne, et qu'on peut plus continuer avec cette série, on est allé au bout". Côté comics, j'ai cru comprendre que le reboot était une tradition. Dernier exemple en date, Spiderman est devenu un latino-américain (mais pas au cinéma, à en croire le casting).

Bref, ici, on découvre la rencontre entre Xavier et Magneto, les deux "meilleurs ennemis", on assiste, grosso-modo, à la création de l'école du Professeur Xavier et aussi on découvre Raven/Mystique, personnage clé, on le sent bien.

Le problème, quand on bouscule la chronologie des sorties cinéma par rapport à l'histoire, c'est qu'on risque de voir une désynchronisation violente entre les avancées techniques (et l'augmentation du budget) avec le ton qu'on s'attend à voir dans le film. Un peu comme la trilogie préquel Starwars, ou le visuel (décors, effets, vaisseaux) fait futuriste par rapport aux originaux, alors que ça se passe une génération avant. Moi, ça m'a vraiment perturbé.

Pour ne pas risquer de produire une désynchronisation trop violente, le film est en fait présenté comme un bon vieux film d'action old-school. L'essentiel de l'histoire se déroule pendant la guerre froide, alors va essentiellement utiliser les codes des films qui ont le plus joué avec la guerre froide. Par exemple, tous les "vieux" James Bond. Et ça ne loupe pas : le rendu est souvent kitsch (dans le bon sens), tout le temps décalé (pas toujours dans le bon sens). On ne cherche pas la crédibilité (du tout), mais plutôt à faire gagner au film un ton léger qu'on a perdu il y a bien longtemps dans le film d'action.

Le film nous offre donc un méchant pur-jus, avec costumes de dandy aux couleurs violentes, sous-marin nucléaire personnel et équipe de choc, incluant la blonde au décolleté monstrueux femme-fatale, et l'homme de main qui tue au couteau. L'équipe des gentils s'en sort bien aussi puisqu'on a un super savant qui fabrique des machines de folie, des jets conçus par la CIA mais qui ne sont à la disposition que de cette petite équipe. Je pense que vous voyez le tableau. En plus, les personnages sont pratiquement attachants, y compris ce Charles Xavier, même si son côté méga cerveau à tendance à irriter. Les divers clins d’œil contribuent aussi à donner au film un ton fort sympathique.

Par contre, côté casting (des mutants, pas des acteurs), c'est un peu moins ça. On suppose découvrir le début des X-Men, les êtres mutants ne sont pas encore bien connus. Pourtant, ils ont pratiquement tous des pouvoirs au moins aussi impressionnants que ceux qu'on avait l'habitude de voir, mais en "encore plus". Je ne suis pas un grand connaisseur, mais la présence d'Azazel, qui a le pouvoir de se téléporter (comme Diablo) me parait anachronique. On découvre Diablo dans X-Men 2, qui se passe au moins trente ans plus tard. Pareil pour monsieur qui fait du Hula Hoop avec des cerceaux d'énergie : Cyclope arrive bien plus tard, alors montrer que Xavier galère autant avec le nouveau que l'autre -alors qu'il a trente ans de carrière en plus- qui avait un pouvoir beaucoup plus puissant, je trouve ça un peu triste. Je pense donc qu'un peu plus de sobriété dans le choix des mutants et de leurs pouvoirs aurait pu donner au film un enjeu supplémentaire : celui de ne pas toujours vouloir tout résoudre avec des super-pouvoirs.

Sans transition, parlons maintenant du deuxième axe qu'on doit retrouver dans une histoire de X-Men : la quête d'identité. C'est 50% du film, et c'est normal. On sent bien que la thématique est travaillée comme il se doit. Par exemple, j'ai trouvé Mystique/Raven très attachante. Et toute cette jolie construction se retrouve entourée d'allusions au racisme entre les peuples parfois amusantes et parfois navrantes (parlons de l'esclavage, montrons le seul noir du film en gros plan à ce moment), mais jamais suffisamment fortes pour qu'on en ressente les enjeux (on évite quand même le point Godwin, ouf!).

Je pense qu'il était en fait assez difficile de tenir correctement les deux tonalités du films : le passage entre légèreté et gravité se fait parfois un peu douloureusement, résultat, je suis souvent passé à côté des enjeux du film, et l'ensemble n'a pas réussi à me marquer. Le divertissement est là, c'est le principal.

jeudi, 25 août 2011

Following

Nous sommes en 1998, Christopher est un jeune homme de 28 ans, diplômé de lettres. Il écrit des histoires, des scénarios même. Ce qu'il aime, dans ses scénarios, c'est qu'ils vont à contre courant de la logique attendue du spectateur, puisque pour chaque code de la narration ou du cinéma utilisé, il place un élément en opposition, qui va surprendre, dérouter, provoquer une réaction indéterminée au spectateur.

C'est beau d’écrire des scénarios, mais Christopher ne travaille pas dans le cinéma. Alors il va tenter sa chance avec les moyens du bord : la super 8 de papa, les économies, et les amis. Et tourner le film à raison de 15 minutes d'image à l'écran par semaine, les samedis après-midi. Son premier film lui a coûté environ 5000£. Son prochain film coûtera à la Warner environ 250 millions de dollars.

Dans Following, nous suivons Bill, un jeune chômeur qui souhaite devenir écrivain. Pour trouver l'inspiration, il se met à suivre des gens, au hasard, dans la rue. Naturellement, il se fixe des règles, parce qu'il sait que c'est une pratique bizarre, et que ça pourrait être très mal interprété. Pourtant, il ne va pas réussir à respecter la plus importante de ses règles : jamais deux fois la même personne. Et c'est ce qui va le conduire à rencontrer Cobb, un cambrioleur, qui va lui donner beaucoup d'histoires à raconter.

Nous suivons Bill de très près. On l'espionne presque, comme il espionne les gens. La narration n'est pas linéaire, l'histoire nous est présentée dans le désordre, histoire de comprendre comme c'est désagréable d'être un voyeur qui ne peut pas voir à travers les murs, à qui il manque un bout de l'information. On ne quittera pratiquement jamais le point de vue de Bill, à deux exceptions près, pour rééquilibrer le rôle du spectateur-voyeur. Après tout, le voyeur profite d'un léger avantage sur le suivi : il a un plan plus large et voit ce qu'il y a dans le dos de l'homme observé.

La narration n'est pas linéaire, mais pas désorganisée pour autant. Pour chaque lieu, chaque moment, et chaque situation, Christopher placera dans le champ de sa caméra (il filme lui-même) un repère pour le spectateur. Il ne faudrait pas qu'il s'égare. D'ailleurs, ce repère est toujours bien visible, et pourtant pas toujours montré avec évidence, ça rend le spectateur heureux d'avoir utilisé un peu son cerveau, il ne s'endort pas, et se sent malin de ne pas être perdu. Enfin, je parle de repère, mais je devrais probablement plutôt parler de diversion, un peu comme le ferait un illusionniste, puisqu’on manque bien d’autres repères.

Naturellement, on ne peut pas s'attendre à des scènes visuellement impressionnantes compte-tenu du budget du film. D'ailleurs, l'image tremble parfois, la lumière n'est pas toujours idéale et c'est en noir et blanc. Peut-être aussi parce que Christopher est daltonien, d'ailleurs. Mais l'image capricieuse de Following ne fait pas décrocher, puisque l'histoire est vraiment prenante. Le personnage de Cobb a plus d'un tour dans son sac, et n'est pas juste un cambrioleur. Il est un peu voyeur lui aussi, à sa manière. Il aime faire savoir qu'il est entré dans la vie des gens, en jouant avec leurs petites affaires, celles sans valeur. Il aime l'ironie et le montre régulièrement à Bill, en s'amusant à cacher des sous-vêtements d'un précédant vol dans l'appartement suivant, pour créer un peu d'animation dans le couple cambriolé.

Christopher joue avec nos réactions comme Cobb joue avec celles de Bill : il cherche à le surprendre, mettre des doubles sens dans ses phrases (regardez le film deux fois - au moins), et à nous faire suivre une voie pour mieux nous prendre par surprise. Et c'est complètement réussi.

Following, c'est le premier long métrage de Christopher Nolan. Que vous connaissez pour ses films suivants.

Bill et Cobb, ce sont les deux faces d'une même pièce, ce sont les deux Nolan. Le Nolan fan et inspiré : l'appartement de Bill est plein de références à Kubrick (des images de Shining sur le mur, un autocollant de Batman sur la porte de son appartement). Cobb, c'est le Nolan malin qui sait te piéger, qui a une longueur d'avance sur toi et qui t'embarque dans son jeu sans vraiment te laisser l'occasion de t'en sortir.

Following, c'est t'annoncer la couleur de ce que Nolan va nous offrir après ce film. Il nous offre des polars qui sont en mesure de nous impliquer émotionnellement, sans jouer gratuitement sur la corde sensible (Memento, Insomnia). Il veut écrire et réaliser des films pour qu'on devienne aussi fans que lui de ces personnages qu'il aime (Batman Begins, The Dark Knight, The Dark Knight Rises). Nolan joue sur l'illusion, la prestidigitation, utilise les codes du cinéma, de la narration et joue avec le temps de l'histoire pour nous coincer, pauvre spectateur sans défense (Memento, Le Prestige, Inception). Des films avec un personnage qui s'appelle Cobb (Following et Inception, du coup). Et surtout, des films qui marquent, qui font tourner le cerveau en boucle pour nous faire comprendre comment on s'est fait avoir (comme après un tour de magie), pendant qu'on calme tranquillement toutes ces émotions qui passent à travers l'image, et ça, c'est valable pour tous ses films.

Christopher Nolan, qui sait s'entourer d'une famille qui apporte beaucoup dans son travail (son frère, sa femme, en particulier), est très certainement mon réalisateur préféré. Mais pas simplement parce qu'il a écrit, produit et réalisé quelques-uns des plus gros blockbusters de ces dernières années, mais parce que c'est un réalisateur qui offre un cinéma de fan, pas un cinéma d'expert. Et que je suis un fan de cinéma, pas un expert.

- page 1 de 4

"MartiusWeb.net" et "Humeur et blog de Martius" composent un site internet conçu par Martin Richard | © Martin Richard

Les articles et billets du blog sont sous licence Creative Commons BY-SA-NC France, la charte graphique est à la propriété de son auteur.

Merci d'avoir lu jusque là !